Jean Herbert : entretien avec Jean Biès

Jean Herbert : entretien avec Jean Biès (Vandoeuvres, 1974)

Cet entretien a eu lieu à Van­dœuvres, en Suisse, le 13 mars 1974. Jean Herbert est mort le 20 août 1980.
Gandhi, Vinôbà Bhave, Shri Ramakrishna, Swami Vivekananda, Swâmi Ramdas, Shri Aurobindo, Ramana Maharshi, Ma Ananda Moyi… Les « sages de l’Inde contemporaine »… Ces noms sont désor­mais liés à celui de Jean Herbert, sans qui nous ne les connaîtrions que peu ou pas du tout. Des noms qui sont aussi des paroles de vie, des enseignements capitaux, où l’Occident en dérive puise les éléments de l’éternelle sagesse et les possibles d’une humanité future. À ce titre, Jean Herbert n’apparaît pas seulement comme un traducteur ou un vul­garisateur de talent, mais comme un humaniste et un précurseur, à la fois sensible au rapprochement des peuples d’Orient et d’Occident, et soucieux d’une unité mondiale par le haut.Lire la suite »

Mohenjodaro (civilisation de la vallée de l’Indus)

Le site de Mohenjo Daro situé au Pakistan, près de la frontière indienne où s’est développée il y a six mille ans la civilisation de l’Indus, a révélé une cité vieille de 5 000 ans équipée d’infrastructures dignes des cités égyptiennes, notamment des systèmes de chasse d’eau et d’égouts complexes.

Drone view of Mohenjodaro (The Indus Valley Civilization)

Amar Jaleel at Mohenjo Daro

Réincarnation : la troublante histoire d’un jeune Indien

Rohit Kumar, l'enfant mort à 13 ans dont un petit garçon assure être la réincarnation.

Rohit Kumar, l’enfant mort à 13 ans dont un petit garçon assure être la réincarnation.DR

En Inde, Inde, un garçon de huit ans prétend être la réincarnation d’un adolescent mort en 2013. Son histoire fait le tour du pays. 

Il se prénomme Chandraveer, dit Chotu et il a huit ans. A moins qu’il ne s’appelle Rohit Kumar et qu’il soit âgé de 13 ans. Ou les deux à la fois. Car Chotu prétend être la réincarnation de Rohit, un jeune garçon mort en 2013. En Inde, où la transmigration des âmes est une notion familière, les histoires de ce type sont nombreuses. Mais celle de Chandraveer comporte tellement d’éléments difficiles à expliquer qu’elle fait la Une de la presse.

Rohit Kumar s’est noyé le 4 mai 2013 alors qu’il se baignait dans un canal de Nagla Salehi un village près de la ville de Mainpuri, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh. Huit ans plus tard, le 19 août dernier, Chandraveer, habitant d’un village voisin, s’est rendu chez le père de Rohit pour lui annoncer : «Dans ma vie précédente, j’étais ton fils.»

Le petit garçon a identifié sa mère et sa sœur sans hésitation puis s’est lancé dans un récit de son incarnation précédente, fournissant un luxe stupéfiant de détails et d’anecdotes. Très vite, un attroupement de villageois s’est formé autour de Chotu. Parmi eux, l’ancien instituteur de l’adolescent décédé que Chotu reconnaît aussitôt. Conduit à l’école, il est présenté aux autre professeurs qui ont connu Rohit. Ils lui posent un flot de questions auxquelles il répond avec aisance, sans jamais se tromper, rapporte la presse indienne.

Ses parents assurent qu’il parle de réincarnation depuis sa plus tendre enfance. Chotu les suppliait de l’amener à Nagla Salehi. Craignant que leur fils ne les quitte pour rejoindre sa «précédente» famille, ils ont longtemps refusé avant de céder, ému par son désespoir. C’était donc la première fois qu’il venait dans le village où il dit avoir vécu et être mort huit ans plus tôt.

La métempsycose est une croyance centrale de l’hindouisme. Certains cas sur les milliers recensés dans le pays sont devenus célèbres comme par exemple Shanti Devi une petite fille de trois qui dans les années 30, s’est présentée comme la réincarnation d’une femme morte en couche. Son histoire est devenue si populaire à travers l’Inde que Gandhi a rencontré la fillette et donné un immense crédit à son récit.

Paris Match.com, le 31 août 2021

La différence de taille olympique entre l’Inde et la Chine

La différence de taille olympique entre l'Inde et la Chine

Les Jeux olympiques de Tokyo sont terminés, et le peuple et le gouvernement japonais ont poussé un soupir de soulagement que le spectacle se soit déroulé sans une épidémie majeure de Covid-19 dans le village des athlètes ou d’autres catastrophes. Ici, en Inde, les célébrations de la première médaille d’or du pays au lancer du javelot masculin – et sa meilleure performance médaillée à un seul Jeux olympiques – ne se sont pas encore apaisées. Mais à quel point, vraiment, est notre meilleur?

Il y a une dizaine d’années, beaucoup parlaient de l’Inde et de la Chine dans le même souffle. Les deux pays étaient censés être les nouveaux prétendants à l’éminence mondiale après des siècles d’ascendance occidentale, la réponse orientale à des générations de succès économique occidental. Certains ont même parlé de «Chindia», comme s’ils étaient rejoints à la hanche dans l’imaginaire international.

Mais quiconque cherche à confirmer qu’un tel jumelage est, pour le moins, hors de propos , n’a qu’à regarder le décompte des médailles à Tokyo. La Chine s’est classée fière deuxième, avec 38 médailles d’or – une de moins que les Etats-Unis – et 88 médailles au total. Maintenant, faites défiler vers le bas, au-delà de la Biélorussie, de la Géorgie divisée, des Bahamas et même de la province séparatiste du Kosovo (dont l’indépendance de l’Inde ne reconnaît pas). Là, à la 48e place, se trouve l’Inde, avec sept médailles en tout, une d’or, deux d’argent et quatre de bronze.

En fait, ce n’est pas une surprise. Alors que la Chine s’est systématiquement battue pour le succès olympique depuis qu’elle a réintégré la compétition sportive mondiale après des années d’isolement, l’Inde est restée complaisante face à son manque de prouesses sportives. La Chine a fait pression et obtenu le droit d’accueillir les Jeux olympiques d’été à peine deux décennies après son retour aux Jeux. Mais l’Inde s’est reposée sur ses lauriers après avoir accueilli les Jeux asiatiques de 1982 à Delhi, et est maintenant considérée comme étant plus en retard dans la compétition pour accueillir les Jeux olympiques qu’elle ne l’était il y a quatre décennies.

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L’Inde, contributrice majeure oubliée de la deuxième guerre mondiale

Inde seconde guerre mondiale

La capitulation du Japon le 2 septembre 1945 marque la fin de la deuxième guerre mondiale. À l’époque, l’Inde était encore une colonie et un nombre conséquent de soldats indiens a été enrôlé dans l’armée britannique pour prendre part aux diverses campagnes en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Plusieurs faits importants rappellent que le sous-continent a aussi subi l’effort de guerre sur son territoire : la campagne militaire des Britanniques au départ de l’Assam pour stopper l’avancée des Japonais en Asie, la grande famine au Bengale de 1943 et l’explosion d’un navire marchand transportant des armes dans le port de Bombay en 1944.

L’armée indienne britannique

En 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, l’armée indienne britannique comptait un peu moins de 200 000 hommes. À la fin de la guerre, elle était devenue la plus grande armée de volontaires de l’histoire, passant à plus de 2,5 millions d’hommes en août 1945 ! Servant dans des divisions d’infanterie, de blindés et une force aéroportée naissante, ils ont combattu sur trois continents en Afrique, en Europe et en Asie. 

L’armée indienne britannique a affronté l’armée italienne en Éthiopie, les armées italienne et allemande en Égypte, en Libye, en Tunisie et en Algérie et, après la reddition italienne, l’armée allemande en Italie. 

En France, quatre compagnies muletières du Indian Army Service Corps rejoignirent le Corps expéditionnaire britannique (BEF). Ils ont été évacués de Dunkerque avec le reste du BEF en mai 1940 et étaient toujours stationnés en Angleterre en juillet 1942.

Des militaires indiens pendant la seconde guerre mondiale

 Muletiers indiens et un mulet avec des masques à gaz en France – Wikipedia

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«Afghanistan: le réalisme froid des Chinois»

CHRONIQUE – Les Chinois n’ont pas envie d’y tirer une seule cartouche ; ils veulent convertir les talibans aux vertus du commerce et ils sont prêts à parrainer un voisin islamiste, du moment qu’il renonce à toute exportation idéologique.

Il y a des rencontres qui surprennent. Le 28 juillet 2021, à Tianjin (ville située à 50 kilomètres au sud-est de Pékin, en direction de la mer Jaune), Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, a reçu solennellement, avec prise de photo officielle, le mollah Abdul Ghani Baradar, numéro deux des talibans afghans.

Dans la conduite générale de sa diplomatie, la Chine combat l’ingérence dans les affaires intérieures des autres pays et n’aime guère recevoir officiellement des rebelles. Mais il peut y avoir des exceptions. Ici, que la Chine et l’Afghanistan partagent une frontière de 76 kilomètres, et que les talibans progressent spectaculairement dans la reconquête territoriale de leur pays justifie une petite entorse à la règle.

Wang et Baradar ont beau être voisins, entre eux c’est le yin et le yang. On ne peut imaginer figures plus antinomiques: d’un côté, le ministre communiste en complet veston d’un gouvernement qui pourchasse au Xinjiang les barbus ouïgours trop islamiques à ses yeux ; de l’autre, un mollah enturbanné qui ne cache pas son intention de rétablir au plus vite le règne de la charia en Afghanistan.

Mais comme ils ont davantage intérêt à coopérer qu’à se faire la guerre, qu’ils ont besoin l’un de l’autre, et que les deux en sont conscients, le communiste chinois et le mollah afghan ont décidé de s’arranger.

Pour convaincre les talibans, la Chine sait qu’elle peut compter sur la bonne volonté de leurs parrains pakistanais

La Chine redoute que le Pamir afghan, région en forme de doigt tendu vers l’est, qui vient toucher sa province du Xinjiang, puisse servir de sanctuaire aux Ouïgours islamistes, d’où ils lanceraient une guérilla contre elle. Cette grande province des plateaux de l’Ouest chinois est aujourd’hui peuplée à moitié d’Ouïgours (musulmans turcophones), contre une autre moitié de Hans (l’ethnie majoritaire en Chine). Mais dans les districts montagneux proches de l’Afghanistan, cette proportion est de 90 % en faveur des Ouïgours. Personne ne peut sérieusement prétendre détacher le Xinjiang de la Chine, mais les indépendantistes ouïgours du Parti islamique du Turkestan sont capables de créer une guérilla, ennuyeuse pour Pékin. Ils sont plusieurs milliers de combattants, aguerris par leurs séjours en Syrie, aux côtés des rebelles anti-Assad.

Avant de quitter militairement l’Afghanistan, l’Amérique a fait promettre aux talibans de ne plus jamais donner refuge à des groupes islamistes internationalistes qui pourraient s’en prendre aux intérêts américains. La Chine aimerait bien obtenir le même engagement en ce qui concerne les Ouïgours indépendantistes.

Pour convaincre les talibans, la Chine sait qu’elle peut compter sur la bonne volonté de leurs parrains pakistanais. C’est au Pakistan que se réunit encore la Choura de Quetta, qui demeure l’organe suprême de la décision talibane. Les Chinois et les Pakistanais sont des alliés stratégiques (contre l’Inde) depuis près de soixante ans. Sans aide chinoise, le Pakistan n’aurait jamais réussi à construire sa bombe atomique dans les années 1980-1990.

À long terme, la Chine aimerait faire de l’Afghanistan un partenaire de ses routes de la soie

En échange de leur comportement «responsable», les talibans peuvent obtenir de la Chine la poursuite de ses investissements miniers en Afghanistan. Les talibans savent que, le jour où ils prendront Kaboul, ils auront besoin d’argent frais, ne serait-ce que pour importer des médicaments et des denrées agricoles.

Ces dernières années, l’Union européenne était systématiquement la première pourvoyeuse d’aide humanitaire en Afghanistan. Mais son allié américain n’a pas jugé utile de l’impliquer un tant soit peu dans les négociations diplomatiques qu’il a tenues avec les talibans, ni dans ses discussions avec les grandes puissances régionales concernées que sont l’Inde, la Chine, le Pakistan. Par le biais de sa Commission comme de son Conseil, l’Union européenne multiplie les déclarations appelant à la paix, à la concorde, aux droits de l’homme. Il n’est pas sûr que la Choura de Quetta partage ces priorités…

À long terme, la Chine aimerait faire de l’Afghanistan un partenaire de ses routes de la soie. Il ne lui reste plus qu’à parfaire le très beau réseau routier laissé derrière elle par l’armée américaine. Les dirigeants chinois ont parfaitement saisi le côté «cimetière des empires» (britannique, russe, américain, etc.) de l’Afghanistan. Ils n’ont pas envie d’y tirer une seule cartouche ; ils veulent convertir les talibans aux vertus du commerce ; ils sont prêts à parrainer un voisin islamiste, du moment qu’il renonce à toute exportation idéologique. Devenir la principale puissance d’influence en Afghanistan, sans s’y battre et sans se mêler de son administration, telle est l’ambition cachée de la Chine.

Entre la versatilité militaire américaine, les bons sentiments de l’Union européenne et le réalisme froid des Chinois, on sait à l’avance qui va gagner le nouveau Grand Jeu en Afghanistan.

Renaud Girard, Le Figaro.fr le 3 août 2021.

Calcutta

Calcutta en 2021 : « Entre nos quartiers calmes et le grouillement des malades dans les hôpitaux, nous sommes perdus »

TRIBUNE. Alors que l’Inde est frappée de plein fouet par une nouvelle vague de Covid-19, le poète Debasish Lahiri nous a fait parvenir ce texte. Il y parle de la solitude qui règne à Calcutta, enfermée dans le silence et confrontée à la désertion délibérée de son espace.

Par Debasish Lahiri Publié le 27 juillet 2021 

Même pendant la saison sèche, qui échappe au chagrin et à sa boue ? Qui échappe aux larmes et aux débris sans nom qui s’en vont avec la mémoire ? Quand la Covid a pris son premier bain de foule à Calcutta, c’était la saison d’un soleil incertain, qu’encapuchonnait la fraîcheur du matin. C’était aussi une saison de fièvre pour le soleil, sa première poussée. Sa chaleur paysanne se disséminait à travers les milliers de kilomètres d’un pays de soleil. On était en mars. C’était le printemps. Le seul moment où le mystère, l’incertitude, et l’infinité des possibles migrent vers cette grande ville, comme un vol d’hirondelles du Sud dans la pénombre des soleils et des lunes…

La vie, la mort, le bonheur, l’oubli, le chagrin, l’ambition, la haine et l’imagination se sont tous retrouvés en équilibre sur un courant d’air ascendant. La loi de la gravité les vouait à la mort, tels un ballon d’hélium au printemps. Mars 2020 fut une exception dans l’histoire de Calcutta. La vie a cligné des yeux, la mort a ri, le soleil a brillé crûment. Toute chose et tous ont été remis à leur place. Deux moussons n’ont pas suffi à effacer le sentiment qu’on était de trop sous le soleil. Car la nuit, il pleut sur les territoires et les provinces que le soleil éclaire, le jour. Lumière sans pitié, elle est le sombre témoin des villes et de leur danse macabre. Nue comme l’ampoule du Guernica de Picasso, aride comme les paysages impitoyables de Dali, repeints en plein cauchemar, cette lumière-là s’est installée à Calcutta. Avec la folie du tueur en série, elle chasse les ombres de jour. Elle traque jusqu’à ce que l’on dit et les idées que l’on a. C’est un soleil qui traque le silence.

Calcutta trébuchait au seuil du printemps, prête à tomber dans le pot à moutarde de l’été – elle écumait par le nez et par la bouche, les yeux fondaient, les tripes brûlaient – et nous ressemblions de plus en plus aux princes Pandava du Mahabharata partis pour leur « Mahaprasthana Yatra » (le voyage de la grande sortie). Une grande ville, grouillante de gens, grouillait de morts et de mourants. Comme ces princes de légende, un par un, les corps et les cœurs, pèlerins imparfaits, tombaient sur le bas-côté et le cours tortueux de la respiration s’infléchissait, montait là où manquait l’oxygène. L’orgie de la douleur a continué sa pavane en avril, mai et juin et quelques-uns lui ont survécu (les grands interdits de l’histoire dont je suis) pour témoigner d’horreurs infernales. Même l’épistémè de l’enfer n’est pas pour les gens ordinaires. Il y a une hiérarchie jusque chez les maudits, semble-t-il. Le ciel et l’enfer sont aussi remplis de différences de classes sociales que partout ailleurs sur la terre du milieu.

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Editions Banyan

Cher·ère·s ami·e·s,

Pour ceux qui veulent larguer les amarres, direction l’Inde pour découvrir le meilleur de la littérature indienne dans l’espace infaillible des auteurs du Banyan. Retrouvez Nabarun Bhattacharya, Jerry Pinto, Anees Salim, Sujatha Gidla, Arun Kolatkar, Jacinta Kerketta pour les dernières nouveautés parues. N’hésitez pas à laisser vos commentaires, bienveillants bien sûr. Quelques beaux titres à venir à l’automne et en 2022.Tout soutien financier sera le bienvenu. Ce qui est singulier est rare et mérite d’être défendu, protégé. Merci pour votre aide.

Très bel été à toutes et à tous !

David Aimé

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P. Guillien : “Le français est la 1ère langue étrangère apprise et enseignée en Inde”

Phillipe Guillien avec des étudiants de français

Philippe Guillien, Attaché de coopération pour le Français auprès du Consulat Général de France à Bombay, est un ancien du réseau culturel et linguistique français à l’étranger et a exercé plusieurs fonctions dans ce cadre. Il nous explique la notoriété du français en Inde et l’action de la France pour la promotion et l’animation de la coopération linguistique dans le pays.

Bonjour, pouvez-vous nous raconter votre parcours avant de rejoindre le Consulat de France à Bombay comme Attaché de coopération pour le Français ?

J’ai passé 31 années de ma carrière hors de France. A l’origine, je suis professeur d’anglais, mais j’ai alterné des postes à l’étranger pour le ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères et en France en tant que conseiller en formation continue auprès du rectorat de l’académie de Poitiers. 

A l’étranger, j’ai commencé par faire mon service militaire en coopération en Tanzanie puis j’ai été en poste au Sri Lanka, au Maroc, en Roumanie, en Grèce, en Espagne, en Israël et maintenant en Inde. 

Je connais de nombreux métiers de notre réseau culturel et linguistique parce que je les ai pratiqués : j’ai été professeur de français langue étrangère, directeur d’Alliance Française, directeur des cours et des examens dans des Instituts Français et enfin Attaché de Coopération pour le Français.

Aujourd’hui, en poste en tant qu’Attaché de Coopération pour le Français, je suis en poste pour l’Institut Français auprès du Consulat Général de Bombay.

Quel est le rôle de l’Attaché de Coopération pour le Français ? Vous êtes basé à Bombay, y a t-il d’autres Attachés de Coopération pour le Français en Inde ? Êtes-vous en charge d’une zone géographique comme le Consulat de France à Bombay ?

En tant qu’Attaché de Coopération pour le Français, je contribue directement à la définition et à l’animation de la politique de coopération pour le français en Inde qui est pilotée par le Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle, Emmanuel Lebrun-Damiens (il est également directeur de l’Institut Français en Inde). 

J’ai trois autres collègues en Inde basés à Delhi, Kolkata et Chennai. Ma mission est territoriale puisque j’assure la promotion du français et la prospection auprès des écoles et des universités de l’ouest de l’Inde : Goa, Gujarat, Madhya Pradesh et Maharashtra en lien avec le réseau des Alliances Françaises. 

En quoi consiste votre action pour l’enseignement du français en Inde ? De quelle manière intervenez-vous auprès des enseignants et des établissements d’enseignement ? Quels sont les outils dont vous disposez ?

Mon travail est de concevoir des plans de formation pour les enseignants, d’intervenir en tant que formateur pour la formation initiale et la formation continue des professeurs de français. 

Je travaille étroitement avec les départements d’études françaises des universités.

Nous avons créé avec l’université de Mumbai le premier centre de formation en français langue étrangère rattaché à une université en Inde.

Ce centre est chargé de la formation initiale mais surtout de la formation continue des professeurs de français pour la région ouest de l’Inde. Mais comme nous travaillons actuellement en ligne, nous touchons des professeurs de toute l’Inde.

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Le retrait américain d’Afghanistan et ses implications pour l’Inde

L’Inde a des intérêts stratégiques dans l’avenir de l’Afghanistan et en tant qu’alliée, l’Inde peut avoir un avantage sur le Pakistan. (Image du fichier )

La décision du président Joe Biden de retirer toutes ses troupes d’Afghanistan d’ici le 11 septembre 2021, après deux décennies de présence militaire dans la région, s’est heurtée à des incertitudes et à des questions sur le sort de l’Afghanistan alors que le pays est frappé d’incapacité par la pandémie de Covid-19 et la poursuite de la pandémie. la présence des talibans et d’un retrait militaire américain dans la région à ce stade conduira à la fermeture de tous les gains que le pays a réalisés au cours des 15 dernières années.

Le président Joe Biden, dans son discours de jeudi, a clairement indiqué que l’avenir de l’Afghanistan et les préoccupations concernant les droits des femmes et des filles n’étaient pas entre les mains de l’armée américaine mais de la responsabilité du gouvernement actuel. À son avis, l’édification de la nation afghane n’était pas l’intention des États-Unis et c’était «le droit et la responsabilité du peuple afghan seul de décider de son avenir et de la manière dont il veut diriger son pays». Il a souligné que l’Amérique dans l’esprit de la démocratie a suffisamment responsabilisé la police et l’armée afghanes et que les implications de la pandémie, faire face à dix-huit mois de perturbation économique et de troubles raciaux continus aux États-Unis sont une priorité pour son administration.

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En Inde, l’impossible survie des « pauvres parmi les pauvres »

Au Bihar, la communauté des Musahars est l’une des plus frappées par les conséquences du Covid-19 et a de plus en plus de mal à se nourrir

REPORTAGE SIKANDARPUR (INDE) – envoyé spécial

Au soleil couchant, une petite gamelle métallique frémit sur le feu, à même la terre. Dans ce foyer, personne n’a rien avalé depuis le petit déjeuner. Et faute de mieux, ce soir encore, Reshmi Devi et ses quatre enfants devront se contenter de si peu. « Du riz et quelques patates bouillies », dit la jeune femme de 24 ans, enceinte de six mois. Elle habite près du village de Sikandarpur, dans l’Etat du Bihar, le plus pauvre de l’Inde, collé au Népal.

En ce mois de juillet, l’atmosphère de la hutte familiale, faite de bric et de broc, est étouffante. Aux alentours, les rizières gorgées d’eau s’étendent à perte de vue, des cochons grassouillets profitent d’une terre boueuse et les buffles ruminent paisiblement. Mais derrière les apparences bucoliques, dans les villages, se cache une terrible misère.

Reshmi Devi et ses enfants, près de Sikandarpur, dans le district de Patna (Bihar), le 6 juillet 2021. 
SOUMYA SANKAR BOSE POUR « LE MONDE »

Bien avant la pandémie de Covid-19, déjà, la survie des familles installées ici ne tenait qu’à peu de choses. La communauté des Musahars, littéralement « les mangeurs de rats », à laquelle elles appartiennent, est l’une des plus défavorisées du sous-continent. La communauté doit son nom au travail qui allait autrefois de pair avec sa caste : attraper les rats. Le système de castes pèse encore lourdement sur ces dalits, autrefois appelés « intouchables », au plus bas de l’échelle sociale.

« Les Musahars subissent des discriminations, ne possèdent pas de terre et en temps normal, ils parviennent à peine à travailler quatre à cinq mois par an dans les champs ou sur les chantiers », explique Sudha Varghese, une religieuse qui travaille aux côtés de ces populations depuis plus de vingt ans. « Ils souffrent de la faim depuis leur naissance, cela se lit sur le visage des enfants et des femmes, qui sont les plus affectés », poursuit cette militante à la voix sucrée, que tout le monde salue sur son passage.

Sudha Varghese, religieuse, à Danapur, dans le district de Patna (Bihar), le 6 juillet 2021. SOUMYA SANKAR BOSE POUR « LE MONDE 

Les Musahars sont des « pauvres parmi les pauvres », dans un Bihar miné par la malnutrition. Plus de 63 % des femmes enceintes y sont anémiées, environ 43 % des enfants de moins de 5 ans accusent un retard de croissance et 41 % une insuffisance pondérale, selon les derniers chiffres du ministère de la santé. Lorsque le confinement national a été imposé au mois de mars 2020, la famille de Reshmi Devi a sombré plus profondément dans la détresse. 

Entre septembre et octobre, deux tiers des personnes interrogées par l’organisation Right to Food Campaign ont déclaré manger des aliments moins nutritifs qu’avant l’arrivée du coronavirus. Au printemps déjà, la situation était sombre avec le retour des travailleurs migrants ayant fui les grandes villes pour rentrer dans leur Bihar natal : près de 60 % d’entre eux n’étaient pas en mesure d’assurer deux vrais repas à tous les membres de leur famille au mois de juin 2020.

« C’est un désastre car une partie des aides sociales n’atteint pas les bénéficiaires, notamment à cause de problèmes bureaucratiques. Ce sont les plus vulnérables qui en pâtissent », observe Vandana Prasad, pédiatre et spécialiste de la santé publique. La famille de Reshmi Devi est un exemple parmi d’autres. Après avoir perdu sa carte de bénéficiaire, elle n’a reçu aucune des rations alimentaires auxquelles elle avait droit et dont elle avait pourtant tant besoin. « Il arrive aussi que les intermédiaires chargés de la distribution réclament un pot-de-vin contre des rations alimentaires et les Musahars ne peuvent pas se défendre », souligne Sudha Varghese. 

Vivre à crédit

Durant la première vague, 75 % des foyers éligibles aux rations alimentaires dans le Bihar ont reçu moins de nourriture que ce qui leur était dû, selon une étude réalisée par le Centre for Development Economics and Sustainability et l’Institute for Human Development. 

Dans sa cuisine, Reshmi Devi prépare le dîner pour sept près de Sikandarpur, dans le district de Patna (Bihar), le 6 juillet 2021. Son frère de 22 ans, Sukhu Manjhi (à droite), handicapé physiquement,
n’a reçu aucune aide du gouvernement en matières d’alimentation ou de soins médicaux.
SOUMYA SANKAR BOSE POUR « LE MONDE 

Pour leur survie, les Musahars des villages du district de Patna, la capitale du Bihar, dépendent presque entièrement du milieu associatif. « Quand nous avons du travail, nous pouvons manger des légumes », glisse Reshmi Devi. Malheureusement, les opportunités se font rares. Au mieux, son mari travaille un ou deux jours par mois dans les champs ou sur des chantiers.

Cette famille de six personnes doit se contenter de ce maigre salaire d’environ 10 euros par mois. D’autres dans le village n’ont pas gagné un sou depuis plus d’un an. « Depuis que le coronavirus est arrivé, je n’ai pas travaillé une seule journée », affirme Parmela Devi, autre femme de la communauté.

L’aide apportée par les ONG ne suffit pas non plus. Dans le meilleur des cas, Parmela Devi peut espérer recevoir jusqu’à 25 kilos de riz par mois mais aussi du blé. Le tout, pour nourrir neuf personnes. « Nous servons d’abord les petits et nous, les adultes, ne mangeons que s’il reste quelque chose », admet cette femme aux cheveux grisonnants qui vit avec ses enfants et ses petits-enfants. Sait-elle qu’elle pourrait bénéficier d’une aide alimentaire du gouvernement ? « Personne ne nous a rien dit », répond-elle. La même histoire se répète de maison en maison. Ici, on mange au mieux deux fois par jour. A l’heure du déjeuner, les casseroles restent vides et les estomacs creux. 

 Anila Sharma travaille dans un centre Anganwari. Elle montre le journal de bord de la distribution d’aliments et de médicaments de ce dispensaire rural, à Ratnauli, dans le district de Muzaffarpur (Bihar), le 7 juillet 2021. 
SOUMYA SANKAR BOSE POUR « LE MONDE »

Avec la fermeture des écoles, la pandémie a aussi privé les enfants du repas de midi qui leur était offert. Lancé en 1995, un programme étatique permettait avec succès de lutter contre la malnutrition et de favoriser l’assiduité des enfants de moins de 14 ans dans les écoles publiques. Environ 100 millions d’enfants en bénéficiaient avant la fermeture des établissements scolaires en mars 2020.

Mais le fonctionnement perturbé des « anganwadis centres » inquiète encore davantage les experts. Ces dispensaires ruraux sont chargés de l’alimentation, mais aussi des soins des moins de 6 ans et des mères allaitantes. Ils jouent un rôle clé dans la lutte contre la malnutrition, notamment au cours des mille premiers jours de la vie d’un enfant, déterminants pour sa croissance et son développement intellectuel.

Rishav Raj, 7 ans, à Ratnauli, dans le district de Muzaffarpur (Bihar), le 7 juillet 2021. Son père est un travailleur migrant, absent de la maison depuis plus d’un mois. La famille est confrontée
à des problèmes financiers, sa mère emprunte à différentes sources pour survivre.
SOUMYA SANKAR BOSE POUR « LE MONDE »

« Au-delà du premier plan d’urgence, qui était insuffisant mais qui a permis de faire une différence, pratiquement rien n’a été fait à destination des pauvres. Le peu d’attention accordée aux enfants tout au long de cette crise est assez incroyable. », alerte l’économiste Jean Drèze, l’un des plus grands spécialistes de la question en Inde.

Dans le district de Muzaffarpur, à environ 70 kilomètres au nord de la capitale biharie, d’autres Musahars vivent dans le même dénuement. Certaines familles n’ont eu d’autres choix que de s’endetter : vivre à crédit, simplement pour offrir un peu de riz à leurs enfants. « Les petits ont besoin de manger plus mais même s’ils ont faim, ils jouent et ils oublient », tente de se consoler Ratya Devi, une grand-mère croisée sur un chemin.

Ravi Pinto, Le Monde.fr le 13 juillet 2021

Inde : la grande pharmacie

La pandémie a fait de l’Inde l’épicentre de l’industrie pharmaceutique. Le pays dispose de la main-d’œuvre qualifiée nécessaire, mais les infrastructures ont du mal à répondre à la demande mondiale. Comment la crise du Covid met-elle en avant les forces et faiblesses de l’industrie indienne ?

Flacons de Covishield, le vaccin contre le coronavirus Covid-19 d'AstraZeneca-Oxford, dans le laboratoire de fabrication au Serum Institute d'Inde à Pune, le 22 janvier 2021.
Flacons de Covishield, le vaccin contre le coronavirus Covid-19 d’AstraZeneca-Oxford, dans le laboratoire de fabrication au Serum Institute d’Inde à Pune, le 22 janvier 2021.• Crédits :  Punit PARANJPE – AFP

Forte d’une main d’œuvre qualifiée et de coûts de production peu élevés, l’Inde s’est progressivement imposée comme l’épicentre de l’industrie pharmaceutique mondiale. Ce succès doit beaucoup à une législation longtemps permissive sur les brevets, et au développement de l’ingénierie inverse, c’est-à-dire la capacité à décomposer une molécule pour la reproduire.

L’Inde s’est retrouvée en première ligne pour la production de vaccins contre le Covid-19 et face à l’augmentation accrue des cas sur son propre territoire, le pays a choisi de réserver les doses pour sa population. C’est pourquoi le pays a demandé, pour l’instant sans succès, la levée des brevets sur les autres vaccins. Mais au-delà des questions de propriété intellectuelle, la pandémie questionne les capacités de production de l’Inde. Si elle dispose de la main-d’œuvre qualifiée nécessaire, il n’est pas certain que ses infrastructures suffisent à répondre à cette demande mondiale inédite.

Comment la pandémie met en évidence les forces et les faiblesses de l’industrie pharmaceutique indienne, mais également la dépendance du reste du monde à ce secteur-clé ? Quel impact son développement a-t-il eu sur l’économie et la société ? Quelles sont les perspectives d’évolution de cette industrie massive, pour l’heure restreinte à la reproduction de molécules élaborées ailleurs et à la sous-traitance ?https://7cc5e749ebfcc7155b5c595cb653f1f8.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html

Entretien avec Jean-Joseph Boillot, économiste, chercheur associé à l’Iris, spécialiste de l’Inde et Samira Guennif, économiste, maître de conférences à l’Université Paris 13, spécialiste de l’économie du médicament et de l’économie du brevet.

La modification du système de brevet dans les années 70 a permis à l’industrie indienne de se développer sur une base nationale. Puis, dans les années 90, l’Inde connaît une ouverture sur le reste du monde et vise le marché américain, qui commence à promouvoir le générique. Le gouvernement indien va permettre aux entreprises de pouvoir s’orienter progressivement sur le marché d’extérieur. C’est pourquoi aujourd’hui il s’agit d’une industrie d’exportation. Samira Guennif

Cette catastrophe sanitaire met à nu la mondialisation conçue par les grands laboratoires. Elle révèle la façon dont un certain nombre de pays en développement ont délaissé la santé publique. En l’occurrence, l’Inde a privatisé la totalité de la santé. Jean-Joseph Boillot

Seconde partie – le focus du jour 

L’Etat du Gujarat, pépinière de TPE et PME pharmaceutiques

Le très libéral Etat du Gujarat, d’où est originaire le Premier ministre Narendra Modi, abrite de nombreuses moyennes voire très petites entreprises, en particulier dans sa ville principale : Ahmedabad. Des fabricants de gélules aux spécialistes du marketing du médicament, les TPE-PME pharmaceutiques influencent profondément le développement local, et contribuent à renforcer les connexions entre la région et le reste du monde.

En compagnie de Yves-Marie Rault Chodankar, attaché temporaire d’enseignement et de recherche à l’Université d’Artois, chercheur associé au Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA). 

A partir des années 90, l’Etat a mis en place des exemptions fiscales pour l’installation d’unités de production dans un certain nombre d’Etats considérés comme arriérés. Des investissements ont été faits dans des villes comme Badi où se trouvent plus de 50 000 travailleurs, souvent migrants, dans ces entreprises. Yves-Marie Rault Chodankar

Une émission préparée par Margaux Leridon. 

Références sonores 

  • Suvashish Chakravarty, directeur des urgences d’une clinique en proche banlieue de New Dehli dresse un tableau alarmant de la situation sanitaire suite à une augmentation exponentielle du nombre de cas de COVID 19 (Extrait du reportage « Inde : Covid, l’explosion » d’Antoine Védeilhé diffusé sur Arte le 30 avril 2021)
  • Anisha Malik, médecin au Madan Mohan Malaviya Hospitazl à Dehli explique qu’elle doit espacer les doses de vaccination suite à une pénurie de vaccins échange entre une patiente vaccinée à l’Astrazenca et un gardien du même hôpital (LCI, 17 mai 2021)
  • Dr Sunela Garg, conseillère de la campagne de vaccination à New-Delhi explique que l’Inde doit limiter ses exportations de vaccins et évoque le « nationalisme du vaccin » (France 2, 30 mars 2021)
  • Hemant G. Koshia, commissaire de la Food and Drug Control Administration du Gujarat, précise le rôle prépondérant de l’Etat du Gujarat dans la production de médicaments (Global Business report, juillet 2020)

Références musicales 

  • « Love on a real train » de Tangerine Dream (Label : Virgin)
  • « Hausla » (= « Courage ») titre composé en avril 2020 par un collectif d’artistes, de chanteurs et de musiciens indiens

BIBLIOGRAPHIE 

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Utopies made in monde : le sage et l’économisteJean-Joseph BoillotOdile Jacob, 2021

  • Jean-Joseph BoillotProfesseur agrégé de sciences sociales et docteur en économie, chercheur à l’IRIS spécialiste des grands pays émergents
  • Samira GuennifEconomiste, maître de conférences à l’Université Paris 13, spécialiste de l’économie du médicament et de l’économie du brevet
  • Yves-Marie Rault ChodankarAttaché temporaire d’enseignement et de recherche à l’Université d’Artois, chercheur associé au Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA)

Pour écouter l’émission

https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/la-force-du-made-asia-24-inde-la-grande-pharmacie?fbclid=IwAR3wu1X25lbwWyRiqlAbayLTMyKYbgo9cvwA81BNH3q0SIjNYpKodqkBQWE