L’Inde aux deux visages : Dalip Singh et le Mahatma Gandhi

L’Inde aux deux visages : Dalip Singh et le Mahatma Gandhi

Une image marquante restée gravée dans ma mémoire depuis mes années d’écolière à New Delhi est celle de Gandhi à Londres. Elle représente Gandhi dans sa quintessence : son corps émacié et la nudité frappante de ses jambes rachitiques exposés sous un pagne blanc et un châle semblant vouloir s’effilocher et glisser de son corps à tout instant, tout comme les lunettes perchées au bout de son nez et les sandales dans lesquelles il avait glissé ses pieds nus. Offrant l’image même du délabrement physique et de l’inélégance vestimentaire, Gandhi est entouré d’Anglais portant de manière désinvolte leurs chapeaux, vêtus de costumes rayés et de solides et reluisantes chaussures noires. Cette photographie, je m’en souviens, avait provoqué en moi toute une série d’émotions contradictoires, un respect empreint d’affection pour le vieil homme qu’on nous avait appris à vénérer comme Bapu, le père de la nation, quand nous étions enfants, mais aussi un sentiment d’irritation frôlant la gêne devant l’image délabrée de notre pays que Gandhi présentait au monde.

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Romain Rolland et Rabindranath Tagore

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Romain Rolland et Rabindranath Tagore

Exploration goethéenne sur les chemins de l’âme du monde

Je ne suis pas tout ce qui est. Je suis la Vie qui combat le Néant. Je ne suis pas le Néant. Je suis le Feu qui brûle dans la Nuit. Je ne suis pas la Nuit. Je suis le Combat éternel; et nul destin éternel ne plane sur le combat. Je suis la Volonté libre, qui lutte éternellement. Lutte et brûle avec moi !

Romain Rolland

Où est le mensonge ? C’est de se considérer comme un tout séparé : reconnaître notre unité avec l’univers entier, fondre notre âme dans l’Ame universelle c’est connaître la Vérité.

Rabindranath Tagore

Pourquoi suis-je ici, sinon pour m’émerveiller ?

Johann Wolfgang Goethe

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Réception de Camus au Bengale

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Réception de Camus au Bengale

Résumé : L’héritage culturel des Français et des Bengalis présente certaines ressemblances – phénomène bien étrange car l’Inde, ancienne colonie britannique, a plutôt subi ou bénéficié d’une influence anglaise -. L’attrait des Bengalis pour la littérature et la philosophie françaises s’explique sans doute par certaines similitudes en matière de sensibilité. Le rebelle idéaliste et passionné ainsi que le pessimiste se sentant exclu et donc perdu dans un monde qu’il comprend mal, restent deux personnages chers au cœur bengali. Au cours des années 1950 et 1960, surtout après le prix Nobel de Littérature attribué en 1957 à Camus, de nombreux articles littéraires ont traité de l’œuvre du lauréat. Tantôt couvert d’éloges, tantôt durement critiqué, Camus fascinait l’imagination bengalie et son influence fut perceptible dans les romans bengalis dès les années 1960. Même aujourd’hui, les références à Albert Camus abondent dans la presse et la littérature bengalies. Des écrivains contemporains admettent désormais son rôle dans la formation de leur sensibilité artistique. Ses œuvres résistent à l’oubli et continuent de séduire et d’éclairer ses lecteurs et admirateurs du Bengale.

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Grandeur de Ramakrishna

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Quatre-vingts ans après la mort du penseur indien

Grandeur de Ramakrishna

Le siècle dernier a été pour l’Inde celui de sa Renaissance philosophique. Il y eut alors, sur cette terre aux traditions millénaires, « brûlante matrice des Dieux », une sorte d’embrasement mystique, un élan vers la spiritualité d’une intensité telle qu’il nous faut remonter à l’apparition du Christ pour en retrouver l’équivalent.

A l’origine de ce mouvement, il est un homme pauvre, un simple paysan brahmine du Bengale, marqué dès son enfance pour le grand rôle qu’il allait jouer à son insu. Il était né le 18 février 1836 à Kamarpukur. Il s’appelait Gadadhar, mais c’est sous le nom de Ramakrishna qu’il allait bientôt se révéler et servir de guide, de gourou, aux grands penseurs et philosophes de l’Inde moderne dont l’œuvre, immense par la portée, est encore trop peu connue de l’Occident.

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La correspondance Orient-Occident

 

CIVILISATION

LA CORRESPONDANCE : ORIENT-OCCIDENT

GÉNIE DU NORD-LATINITE

On sait que le Comité Permanent des Lettres et des Arts de la S. D. N., toujours désireux d’associer plus intimement les hommes de recherche et de pensée à la Coopération intellectuelle, a demandé, à la Commission Internationale de provoquer une Correspondance entre les représentants qualifiés de la haute activité intellectuelle, de choisir les questions les plus propres à servir les intérêts communs communs l’intelligence et de la S.D.N., et de publier périodiquement cette correspondance.

Nous rappellerons que les premiers sujets traités ont été les suivants : Pour une Société des Esprits, Pourquoi la Guerre ? L’Esprit, l’Ethique et la Guerre. La quatrième correspondance, qui vient d’être publiée (i), est relative au problème des civilisations qui s’opposent faute d’une compréhension satisfaisante. M. Gilbert MUBRAY et Rabindranath TAGORE ont étudié la dualité Orient-Occident. M. STRZYGOWSKI et M. FOCILLON se sont appliqués à l’antithèse Génie du Nord-Latinité. Nous donnons ci-dessous d’importants extraits de ce double échange de vues.

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Lettre à un Hindou

IC León Tolstoi

En 1908, le facteur apporte à Tolstoï une lettre d’un Hindou habitant alors aux EtatsUnis. Cet Hindou, Tarakuatta Das, édite une revue révolutionnaire intitulée The free Hindustan. Il s’adresse à Tolstoï pour obtenir de lui un mot de sympathie. L’intellectuel T. Das estime que seul un soulèvement violent peut libérer l’Inde du joug britannique. Tolstoï lui répond magistralement quant au rôle immoral et inefficace de la violence par la fameuse Lettre à un Hindou, qui, polycopiée, parvient un jour entre les mains de Gandhi.

L’Inde est loin d’être un continent inconnu pour Tolstoï. Il entretient une correspondance depuis de nombreuses années avec divers Indiens. Il a lu (à sa façon) les Védas, la Baghavad gitâ, des écrits de Vivekananda… La Lettre à un Hindou de Tolstoï est un véritable traité de nonviolence, contenu entre des citations de divers livres religieux. T. Das n’a pas publié dans sa revue cette lettre de Tolstoï.

C’est le secrétaire de Tolstoï, Tchertkov, qui traduisit en anglais la Lettre à un Hindou envoyée à T. Das. Tchertkov la fit circuler sous forme polycopiée. Gandhi la publiera en mars 1910 dans son journal Indian Opinion. Paul Birukoff l’a par ailleurs insérée dans son livre Tolstoï und der Orient, Zurich und Leipzig, 1925, pp. 5069. Seul Romain Rolland en a publié, en  français, quelques courts passages dans Vie de Tolstoï, Paris, Hachette, 1911.]



François Vaillant, in Alternatives Non Violentes n°89,  » Du nouveau sur Tolstoï « , hiver 1993

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