L’Inde dans la Grande Guerre

La guerre de 1914-1918, de l’hindou “protecteur de l’enfance”

Durant toute la durée de la guerre, l’Inde a contribué à l’effort de guerre britannique en fournissant d’importants contingents de Cipayes (soldats indiens) dont elle assumait la charge financière totale, en plus d’avoir à payer un impôt de guerre. Les Cipayes ont été des combattants valeureux, et plus de 100000 furent tués ou blessés. Malgré les promesses d’autonomie faites en 1917, la Grande-Bretagne ne fit aucun effort en ce sens aprés le conflit.

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La Grande Guerre avait permis de changer le regard porté sur les Indiens comme sur les tirailleurs d’Afrique. Infatigables, impassibles ou même gais devant l’adversaire, tels apparaissent les soldats indiens, dont l’aide apportée pour assurer la défense des tranchées s’est révélée décisive. Les vertus de sacrifice, qui apparaissent comme une des valeurs de leur civilisation, leur sont bientôt reconnues.

Le romancier Maurice Dekobra les côtoie sous les drapeaux : “Neuve- la-Chapelle, 1914 ; Béthune, 1915 : les Hindous des divisions de Lahore et de Meerut tiennent les tranchées entre La Bassée et Estaires. Les Balutchis, les Pathans, les Sikhs, les Gurkhas meurent dans la boue des Flandres pour une demi-roupie par jour.” (13) Une partie des troupes indiennes sert alors aussi en Afrique du Nord et en Italie. Un grand nombre d’engagés périssent au cours de l’assaut du mont Cassin. Le mémorial indien de la commune de Richebourg, commémorant les soldats indiens tombés pour la France, sera inauguré en octobre 1927, en présence de Rudyard Kipling et du maréchal Foch(14). Le musée de l’Armée, aux Invalides, conserve de nombreuses photographies et tableaux des lanciers indiens. Le musée départemental de Flandres leur consacre une exposition dans le cadre des Bombaysers de Lille de 2006 et l’association Arham Lys-Artois, qui se charge de documenter leur histoire, leur crée un site ainsi qu’un un blog Internet (15). Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la fille du grand chanteur Hazrat Inayat Khan s’engage dans la Résistance au sein du réseau Prosper. Elle y opère sous le nom de “Madeleine”. Arrêtée en 1944 par la Gestapo, elle est emmenée et fusillée à Dachau. Une plaque commémorative marque l’entrée de sa demeure, le Fazal Manzil, à Suresnes.

Le traité de Pondichéry âprement disputée aux Anglais, la puissance territoriale, politique et militaire de l’Inde française, introduite par les gouverneurs Lenoir (1721) et Dumas (1735-1741) à Pondichéry, trouve son apogée sous le “règne” de Dupleix au milieu du XVIIIe siècle. Les cinq comptoirs de Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé et Yanaon sont bien connus de deux générations d’école communale. Lorsque l’Inde accède à l’indépen- dance, en 1948, les autorités françaises cherchent à gagner du temps. Le gouvernement de Nehru entreprend de faire aboutir la résolution adoptée par le Congrès en vue du rattachement à l’Union indienne des colonies françaises et portugaises. Le blocus mis en place en 1954 ne tarde pas à menacer Pondichéry d’asphyxie. Mendès France, décidé à régler la question indofrançaise en même temps que le problème indochinois, ouvre la négociation. Un accord est signé à Delhi le 21 octobre 1954. La métropole consent enfin à rétrocéder ses territoires. En 1962, en guise de cadeau d’adieu, l’ex-puissance coloniale propose la nationalité française à ses anciens ressortissants(16). Ceux-ci disposent de six mois pour opter par déclaration écrite en faveur de la nationalité française. Plus de 5 000 familles d’ascendance tamoule l’adoptent. 15 000 nationaux français d’origine indienne vivent en Inde, et de 20 000 à 40 000 personnes originaires des anciens établissements, de nationalité française, résident en France(17).

13. Debroka, 1929, p. 1.

14. Gressieux, 2007.

15. Voir http://histoire.beuvry.free.fr/siecles/siecles_guerres.htm ;

http://monsite.wanadoo.fr/arham62/ ;

et le site http://monsite.wanadoo.fr/arham/ 16. Dedebant, 2006. 17. Comarmond, 1985 ; Weber, 1994.

Source

I hommes & migrations n° 1268-1269

Par Catherine Servan-Schreiber, Chercheur au CNRS-Centre d’Études de l’Inde et de l’Asie du Sud (Ceias)

et Vasoodeven Vuddamalay, Enseignant-chercheur à l’université d’Évry-Val-d’Essonne

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