Le Pèlerinage d’argent

La Croix. Jeudi 13 juillet, vendredi 14 juillet 2017

Livres Et idées

Laurence Péan, le 13/07/2017 à 7h44

Dans une Inde médiévale mais bien réelle, les aventures burlesques et philosophiques d’un jeune prince incapable de s’émouvoir et qui doit guérir de ce mal s’il veut monter sur le trône.

Au royaume de Lanka (Ceylan) vit Jayasurya, un prince atteint d’un mal qui défie les médecins les plus érudits mandés à son chevet : l’indifférence à l’égard de son prochain. Un défaut majeur qui l’empêche de succéder à son père.

Tout à son désespoir, le vieux roi Simha envoie donc son fiston en pèlerinage à Kashi (Bénarès), la ville sacrée du nord de l’Inde. À pied, comme un simple voyageur mais accompagné du fidèle Tilaka, l’ami du prince.

Une succession de rencontres burlesques

Les deux compères seront bientôt rejoints par Valli, une jeune fille pauvre épousée à la hâte par Jayasurya, et Purohita, un brahmane déclassé et protecteur de Valli.

En remontant le long du continent indien, cette petite troupe hétéroclite va vivre une succession d’aventures burlesques et de rencontres cocasses, qui seront prétextes à des joutes oratoires et philosophiques retranscrites sous forme de dialogues entre les différents protagonistes.

Il y aura notamment le démon affamé qui assaille de questions les voyageurs sur le sens de la vie, comme autant d’énigmes à résoudre sous peine d’être mangés tout crus, le poète qui leur prescrit l’usage de la poésie comme remède aux maux de l’âme, le collecteur d’impôts qui développe sa théorie sur l’estimable privilège de s’acquitter de taxes, le professeur humoriste et psychanalyste avant l’heure qui croit au rire comme antidote à une psyché affaiblie…

Des études de droit à Cambridge

L’écrivain de langue tamoule Anantanarayanan (1907-1981) est l’auteur de contes soufis – dont quelques-uns ont été publiés dans la revue Europe en avril 2014 – et d’un unique roman, Le Pèlerinage d’argent, publié en 1961 et réédité aujourd’hui par Banyan – du nom de cet arbre emblématique de l’Inde aux racines profondes et à l’ombrage apaisant.

Fils d’un brahmane anticonformiste qui permit à ses huit enfants l’accès à l’instruction, Anantanarayanan put ainsi suivre des études de droit à Cambridge – fait rare à l’époque du Raj. Son séjour anglais fut pour lui l’occasion de dévorer une multitude de livres dans toutes sortes de domaines : religions, musique, poésie, médecine… autant de connaissances assimilées qui tissent le fil de ce roman et vont peu à peu amener le jeune prince sur le chemin d’une certaine guérison…

Laurence Péan

 

  • « Le Pèlerinage d’argent », de Madhavaiah Anantanarayanan, traduit de l’anglais par Éric Auzoux, Éditions Banyan, 227 p., 19,60 €

 

Pèlerinage-d'argent.jpg

 

 

Publicités

La difficulté d’être bon – L’art subtil du Dharma

Bonjour,
Nous sommes heureux de vous annoncer la publication d’un nouvel ouvrage aux éditions Banyan :
 
Gurcharan Das
La difficulté d’être bon – L’art subtil du Dharma
 
Si la plupart d’entre nous se pose tout au long de la vie la question du bien et du mal, personne n’avait encore pensé à la rapprocher de celle du « Dharma », qui signifie en substance « faire l’action juste », grande obsession du Mahabharata. C’est désormais chose faite avec ce très riche essai de Gurcharan Das, qui apporte un éclairage nouveau sur cette question, en se tournant vers la grande épopée constitutive de la culture indienne et à travers les expériences de personnages proches de nous : des êtres humains ordinaires, c’est-à-dire imparfaits, qui doutent, trébuchent, et se heurtent à une morale aux lignes floues.

Lire la suite »

Schopenhauer fils de l’Inde

Schopenhauer fils de l’Inde (Hors série du Point sur Arthur Schopenhauer)

Schopenhauer fils de l’Inde

par Roger-Pol Droit

Schopenhauer et l’Inde ont pratiquement le même âge. Cette affirmation signifie simplement que la jeunesse du philosophe et la découverte savante des doctrines indiennes par l’Europe coïncident. Arthur naît à Hambourg en 1788, l’année même où la Société asiatique du Bengale inaugure, à Calcutta, la publication de ses travaux. Ceux-ci vont métamorphoser la culture européenne : les premiers volumes de ces Asiatick (sic) Researches sont réédités à Londres en 1800, traduits en allemand en 1802, en français en 1803, et seront lus par Schelling*, Fichte*, Hegel*, Novalis*, Schleiermacher* et bien d’autres, dont évidemment Friedrich Majer (px), qui fera découvrir la pensée brahmanique à son jeune étudiant.Lire la suite »