La disparition de Krishna Baldev Vaid

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En 2007 Krishna Baldev Vaid à Paris

Ecrivain indien

Il était l’une des figures majeures de la littérature indienne contemporaine, un esprit libre qui aura accompagné l’avant-garde de sa génération avant d’explorer les voies d’une création plus personnelle. Krishna Baldev Vaid est mort, le 6 février, à l’âge de 92 ans, à New York. Auteur à l’identité fluide, indissociable chez lui du doute et de la dérision, Krishna Baldev Vaid aura été hanté par les fantômes de la sanglante partition de 1947, cette orgie de violences qui donna naissance à l’Inde et au Pakistan sur les décombres de l’Empire britannique.

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The Hindu parle du Tiruppavai d’Andal

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Tiruppavai in French

Vasumathi BadrinathanVasumathi Badrinathan

Andal’s pasurams have been translated by Vasumathi Badrinathan

Vasumathi Badrinathan, classical vocalist, has translated Andal’s Tiruppavai into French. Le Tiruppavai ou Le chant matinal de Margali has been published by Editions Banyan, Paris. According to Vasumathi, her work is significant, amidst a gamut of translations in the area of contemporary literature.

“The 30 verses of Andal, one of the Azhwars, make for beautiful poetry and have to be read by all. Tiruppavai is a part of Indian culture and heritage, which should not be missed because of language barriers,” she says. “The translation will reach it to international audience, especially the French speaking population,” she adds.

The French work, launched last year, won acclaim in a panel discussion, organised by the Alliance Française de Bombay. It was attended by a large number of poetry-loving and French speaking audience, several officials from the French consulate, including Sonia Barbry, the Consul General of France in Mumbai. The conversation flowed in three languages — French, English and Tamil.

Author of short stories and poems, her linguistic felicity has enabled Vasumathi to translate works in Marathi and Tamil into English and French.

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Geetu Mohandas, réalisatrice engagée du Kerala

MOT_R04_FIN.021053-1280x720.jpgScène du film indien « Moothon » de Geetu Mohandas. (Crédit : FFAST)

En choisissant pour sa soirée d’ouverture du 28 janvier dernier le film Moothon originaire du Kerala, le Festival du Film d’Asie du Sud (FFAST) a donné un coup de projecteur sur le cinéma en plein essor de ce petit État du sud de l’Inde. Un choix validé par le jury professionnel de FFAST qui lui a décerné son grand prix à la clôture du festival. Présente à la projection, en compagnie de l’acteur vedette du film Nivin Pauly, la réalisatrice Geetu Mohandas s’est entretenue avec Asialyst sur son film, le cinéma du Kerala et la situation politique en Inde.

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CONTEXTE

Le Festival du Film d’Asie du Sud (FFAST) s’est achevé dimanche 2 février au terme de six jours de projections au Grand Rex à Paris. Organisé depuis sept ans par un petit groupe de bénévoles aussi enthousiastes que compétentes, le festival consacré au cinéma indépendant originaire d’Inde et des pays limitrophes a prouvé une nouvelle fois le bien-fondé de sa démarche en présentant dans des salles souvent très remplies des films que le public français n’aura peut-être jamais d’autre occasion de voir.

Le prix du public, déterminé par le vote des spectateurs à l’issue de chaque projection, a été décerné à Bulbul. Ce rare exemple de film népalais brosse le portrait terriblement attachant d’une femme conductrice de « tempo » (sorte de gros rickshaw faisant office de taxi collectif) dans les rues de Katmandou. Alors que son mari est parti depuis six ans travailler dans le Golfe persique et n’envoie ni nouvelle ni argent, il lui faut porter à bout de bras toute seule l’éducation de sa fille et l’entretien de son beau-père handicapé. Une lutte de tous les instants contre les difficultés matérielles, le harcèlement masculin et plus encore la solitude. Présents au festival, le réalisateur Binod Paudel et l’actrice Swastima Khada ont expliqué avoir voulu traiter du sujet très pesant dans la société népalaise contemporaine du sort des femmes laissées à elles-mêmes par l’exode « professionnel » des hommes – un phénomène de grande ampleur – et qui doivent assumer toutes les responsabilités. Un troisième prix, décerné par un jury d’étudiants, est allé au film indien Taking the horse to eat jalebis.

Le cinéma malayalam – c’est-à-dire réalisé dans la langue malayalam parlée au Kerala – a beau exister depuis près de cent ans avec une production importante et de nombreux réalisateurs reconnus, il est aujourd’hui parfaitement ignoré en France. Geetu Mohandas ne s’en formalise pas : « en Inde, si vous allez vers le Nord ou vers l’intérieur, je doute que les gens connaissent le cinéma malayalam. Alors en France, vous pensez ! », sourit-elle. La petite taille de l’État, situé sur la côte ouest à l’extrême sud du pays, et sa langue spécifique parlée nulle part ailleurs en Inde, n’aident pas à la diffusion de son cinéma. Ce dernier, parfois surnommé « Mollywood » (contraction de malayalam et de Hollywood, comme « Bollywood » avec Bombay et Hollywood), n’en figure pas moins parmi les cinémas régionaux importants d’Inde, aux côtés de ceux originaires du Tamil Nadu ou de l’Andhra Pradesh. En fait, raconte la réalisatrice et actrice âgée de 38 ans, « le cinéma malayalam se développe. L’apparition de plateformes de diffusion comme Netflix ou Amazon permet désormais de rendre les films accessibles » partout, au bénéfice des gens originaires du Kerala installés dans d’autres régions du pays ou à l’étranger. Il sort « peut-être cent à cent cinquante films malayalam chaque année », estime-t-elle.

Ce cinéma régional a ses caractéristiques propres qui reflètent celles de l’État. « Le Kerala, souligne Geetu Mohandas, est alphabétisé à 100 % et penche le plus souvent à gauche. » Conséquence, selon elle : « Les gens s’appuient davantage sur la logique et le raisonnement, vous ne pouvez pas leur raconter n’importe quoi. Bien sûr, à côté du cinéma indépendant il y a aussi des films commerciaux, pour le grand public, mais même là, vous ne pouvez pas délirer complètement comme dans les films de Bollywood ou du Tamil Nadu. Il faut rester crédible. »

La réalisatrice trouve en tout cas une de ses sources d’inspiration dans le cinéma de son État natal : « Le cinéma malayalam a connu un âge d’or dans les années 1970 et 80 avec des réalisateurs prolifiques extraordinaires », explique-t-elle. Mais Geetu Mohandas, qui a vécu au Canada où elle a fait ses études, aime tout autant des réalisateurs occidentaux complètement différents comme le Tchèque Jiri Menzel, l’Espagnol Pedro Almodovar ou l’Allemand Wim Wenders.

image.pngLa réalisatrice indienne Geetu Mohandas au Grand Rex, à l’occasion de la projection de son film « Moothon », au Grand Rex à Paris le 28 janvier 2020. (Crédit : FFAST)

Avec Moothon, elle livre un film typique de ce cinéma indépendant indien qui se développe tant depuis une dizaine d’années : une fiction qui met en scène des personnages attachants, solidement ancrés dans une réalité sociale – ou plutôt deux réalités, tant les deux mondes où évolue le film sont différents l’un de l’autre. L’histoire suit Mulla, un jeune garçon vivant dans le cadre paradisiaque des îles Laquedives, territoire indien situé au large du Kerala. Orphelin, Mulla n’a qu’une idée en tête : retrouver son grand frère Akbar qui a disparu depuis des années et dont on dit qu’il vivrait à Bombay. Parti à l’aventure, le petit adolescent se retrouve plongé dans les bas-fonds de la mégapole, dans un slum (bidonville) occupé par des gangs, des drogués et des prostituées. S’il retrouve bien son frère aîné, leur rencontre permet de comprendre que ni Akbar ni Mulla ne sont ce que l’on croyait…

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Projeté en ouverture du Festival du Film d’Asie du Sud le 28 janvier 2020, « Moothon » de la réalisatrice indienne Geetu Mohandas. (Crédit : FFAST)

Magnifiquement photographié, non seulement dans les îles, ce qui est facile, mais aussi dans les décors naturels du slum, le film traite de thèmes comme la quête, les liens familiaux, et aussi, souligne la réalisatrice, « l’état de confusion » qui est celui d’Akbar et de Mulla quant à leur identité, leur sexualité et l’impossibilité à laquelle ils sont confrontés de « vivre comme ils l’auraient voulu ». Une part importante du film traite de l’homosexualité masculine, sujet qui demeure « tabou » en Inde, précise Geetu Mohandas.

Le film a bénéficié du soutien actif de la figure de proue du cinéma indien indépendant, le réalisateur et producteur Anurag Kashyap. Venu initialement pour écrire les dialogues en langue hindi (le film est réalisé à moitié en malayalam, à moitié en hindi, une curiosité en soi), Anurag « a dit, quand il a vu les premières images du film, qu’il voulait être l’un des producteurs », raconte Geetu Mohandas. Un appui sérieux de la part de celui « qui a porté le cinéma hindi sur la scène mondiale et a soutenu tant de réalisateurs indépendants », ajoute-t-elle.

image.pngScène du film indien « Moothon » de Geetu Mohandas. (Crédit : FFAST)

Cinéaste à succès avec des films comme The girl in yellow boots, Gangs of Wasseypur ou la série Le seigneur de Bombay diffusée actuellement en France sur Netflix, Anurag Kashyap est également un réalisateur très engagé dans les débats politiques qui agitent l’Inde. De passage à Paris il y a trois ans, il avait confié à Asialyst son inquiétude sur « le climat d’insécurité, de peur » qui sévissait déjà dans le pays, et sur les « menaces » dont faisaient l’objet ceux qui critiquaient le Premier ministre Narendra Modi.

Geetu Mohandas se retrouve parfaitement sur la ligne de son ami et mentor. « Je suis comme lui, lance-t-elle, je ne suis pas pour une dictature, je veux la liberté d’expression au cinéma et dans la vie. » Considère-t-elle que cette liberté est actuellement menacée ? « Oui, absolument », lance-t-elle, affirmant ressentir le poids croissant de la censure. Initialement, l’administration voulait classer Moothon parmi les films réservés aux adultes, ce qui en aurait sérieusement limité la diffusion. « Je ne sais même pas pourquoi », dit la réalisatrice, outre le sujet de l’homosexualité, cela peut être aussi « à cause du langage grossier ou parce que les personnages fument trop ! Je me suis battue et le film a finalement été mis dans la catégorie demandant l’accord des parents pour être vu par des mineurs. »

image.pngScène du film indien « Moothon » de Geetu Mohandas. (Crédit : FFAST)

Plus globalement, Geetu Mohandas s’inquiète de la montée des tensions : « Si vous exprimez votre opinion, si vous critiquez le gouvernement, vous devenez la cible d’attaques. C’est arrivé à de nombreuses reprises à des cinéastes et à diverses personnalités. » La réalisatrice s’est engagée à fond dans le combat contre les nouvelles lois qui visent à exclure les musulmans de l’accession à la nationalité indienne. « Nous avons manifesté dans les rues, mon mari et moi. J’ai emmené ma fille dans des marches. Nous avons participé à la chaîne humaine de protestation à travers tout le Kerala ! » Le 26 janvier dernier, jour de la fête nationale indienne, les habitants du Kerala ont formé une chaîne humaine de plus de 600 km de long, traversant tout l’État du nord au sud. Si l’ampleur de ces protestations est réconfortante, Geetu déplore en revanche que dans le monde du cinéma, « les grands influenceurs, les superstars se taisent. Ils ne disent rien parce qu’ils ont peur. Leur position, c’est : « Tant qu’une pierre n’a pas cassé mes carreaux, tout va bien, ce qui se passe à l’extérieur importe peu ». Ce n’est pas la bonne attitude. »

Patrick de Jacquelot, Asialyst.com le 4 février 2020