Le « plus grand centre Covid » du monde

A New Delhi, dans le « plus grand centre Covid » du Face à l’accélération de l’épidémie et à la congestion des hôpitaux, les autorités de la capitale indienne improvisent un centre d’isolement de 10 000 lits. Les médias l’ont baptisé « le plus grand centre Covid-19 » de la planète.

Sous un chapiteau métallique de près d’un kilomètre de long, des lits étroits sont alignés comme des dominos. Nichée dans un campus de 32 hectares dans le sud de Delhi, la gigantesque structure avait été conçue pour accueillir jusqu’à 300 000 disciples du centre spirituel Radha Soami Satsang Beas. Elle fera bientôt office de complexe médical, après un réaménagement entrepris en urgence par les autorités de la capitale.

Face à l’accélération de l’épidémie de coronavirus et à la congestion des hôpitaux, il leur faut trouver des solutions coûte que coûte. Hôtels de luxe, salles de mariage ou wagons de train sont convertis en centres de soins. Ce chapiteau est probablement le plus impressionnant du lot et se destine à devenir un centre d’isolement de 10 000 lits, qui ouvrira ses portes le 3 juillet aux patients atteints du coronavirus. Les médias indiens l’ont baptisé « le plus grand centre Covid-19 au monde ». 

Derrière ce record se joue une course contre la montre du système de santé indien, précaire, sous-financé et saturé. Avec plus de 580 000 cas de coronavirus et quelque 17 000 morts répertoriés, l’Inde est aujourd’hui le quatrième pays le plus touché au monde. La réouverture économique du pays a provoqué une envolée des cas de coronavirus, en dépit d’un confinement strict imposé durant deux mois.

Rien qu’à Delhi, les autorités prévoient un demi-million de contagions d’ici à la fin du mois de juillet. Pour parer au choc, 80 000 lits vont être nécessaires, alors que la capitale n’en possède que 12 640. Pour les patients, obtenir un lit est déjà un parcours du combattant et certaines ambassades ont prévenu leurs ressortissants de l’éventualité de ne plus avoir accès aux services médicaux. Le scénario qui se dessine est de plus en plus sombre.

Face à la situation, l’idée de convertir le centre spirituel en un complexe médical peut sembler ingénieuse. Le site est encadré par 550 toilettes, 550 urinoirs, 450 salles de bain et des cuisines spacieuses. « Beaucoup de personnes n’ont pas la possibilité de s’isoler à la maison et d’autres vivent dans des bidonvilles. Pour ces raisons, nous montons des centres de soins », a expliqué Arvind Kejriwal, chef de l’exécutif de Delhi, en visitant le chantier. Sur les 10 000 lits prévus, 1 000 seront dotés d’un accès à l’oxygène mais aucun ne sera équipé de respirateur. « Les patients nécessitant des soins en réanimation seront envoyés directement dans un hôpital affilié », explique Sonalika Jiwani, responsable des autorités locales, sans pour autant pouvoir nommer l’hôpital désigné.

Cet après-midi, la jeune femme chapeaute une réunion de chantier, au milieu d’ouvriers qui s’activent. Des tables de chevet et des lits en carton recyclable sont testés et approuvés. Des 10 000 matelas aux 350 fauteuils roulants, des ordinateurs aux savons, tout est le fruit de généreuses donations. Mais la tâche reste titanesque. « L’un des plus grands défis concerne l’installation de l’électricité et de la climatisation », admet Sonalika Jiwani, alors que les partitions murales n’ont pas été installées et que la température avoisinne les 40 degrés. « Le deuxième défi consiste à trouver le personnel soignant », poursuit-elle, évoquant la difficulté de mobiliser au moins 600 médecins et infirmières dans une ville qui fait déjà face à la pénurie de ces ressources humaines. « La pandémie aurait dû encourager à réaliser des investissements permanents dans le domaine de la santé, critique le docteur Srinivas Rajkumar, du prestigieux hôpital AIIMS. Il est malheureux de voir que des arrangements temporaires sont faits pour les gens ordinaires, alors que les responsables importants bénéficient des services des hôpitaux privés. » À commencer par le ministre de la santé de Delhi en personne, qui a été testé positif et soigné dans un hôpital privé et huppé de la chaîne Max Healthcare.

 L’Asie semble connaître une recrudescence du nombre de cas quotidiens de Covid-19, poussée désormais par la propagation soutenue de la maladie en Inde (600 000 cas), au Pakistan (217 000 cas) et au Bangladesh (153 000). Les villes de Delhi, Bombay, Calcutta et Madras comptent près de la moitié des malades et des morts du Covid-19 de toute l’Inde, mais les statistiques pourraient être faussées par les décès dans les campagnes, qui ne sont pas tous comptabilisés parmi les victimes de l’épidémie.

Vanessa Dougnac, La Croix, 3 juillet 2020

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