En Inde, la fête du dieu éléphant à l’épreuve du Covid et de l’écologie

Le festival hindou de Ganesh Chaturthi se termine ce mardi 1er septembre par la traditionnelle immersion de milliers de statues à l’effigie de Ganesh, le dieu à tête d’éléphant. L’épidémie de coronavirus chamboule l’organisation du rituel, ce qui pourrait représenter une opportunité écologique.

En Inde, la fête du dieu éléphant à l’épreuve du Covid et de l’écologie
L’effigie de Ganesh sera bientôt précipitée dans la mer d’Arabie, à Bombay, le 12 septembre 2019.RAFIQ MAQBOOL/AP

Pendant dix jours, des effigies de Ganesh, dieu hindou de la sagesse et des commencements, ont décoré les façades, rues et pandal (1) des lieux où résident les communautés hindoues. Dans l’État de Maharashtra (Inde), des milliers de statues de la fameuse divinité à tête d’éléphant parsemaient Bombay, lieu emblématique du festival Ganesh Chaturthi, qui honore chaque année le voyage sur terre de Bappa, descendu du mont Kailash, demeure de ses parents, Shiva et Parvati.

Le rituel de Ganesh Visarjan

Lors du onzième jour des festivités, qui tombe cette année mardi 1erseptembre, les statues de Ganesh sont transportées vers des points d’eau pour y être immergées et s’y dissoudre, une pratique liée au rituel de Ganesh Visarjan, qui marque le retour de Bappa chez lui. « Ce processus de fabrication de statues éphémères, suivi de leur destruction, est récurrent lors des rites hindous. Il rappelle le caractère impermanent de toute chose », explique le père Jacques Scheuer, spécialiste de l’hindouisme, professeur émérite de l’université catholique de Louvain et enseignant au centre Sèvres.

« Le monde est une manifestation de la puissance de la divinité, source créatrice de l’univers. Par la destruction de cette manifestation dans les dimensions extérieures de l’espace et du temps, le monde doit être ramené à l’unité, à son point d’origine au sein de la divinité », précise le jésuite. Un tel rite porte également en lui une signification morale, puisque, selon Jacques Scheuer, « fabriquer des images provisoires, qui durent le temps de la fête pour être enfin abolies et dissoutes, rappelle la nécessité de ne s’attacher à rien ».

Malheureusement, la plupart de ces statues de plâtre, souvent imposantes, et décorées de peinture et fleurs en plastiques, ne se décomposent qu’après plusieurs années, rejetant des substances chimiques dans les eaux qu’elles envahissent. On compte environ 150 000 statues immergées chaque année à Bombay.

« C’est le rite qui importe »

La pollution des eaux liée à l’événement peut sembler contradictoire avec une certaine dimension de la foi hindoue. « Dans l’hindouisme, le ciel, la terre, le cosmos font partie d’un grand tout en communion. » explique Jacques Scheuer. Pourtant, cette assise théologique ne permet pas une prise en compte significative des enjeux écologiques.

« Cette conception cosmique, poursuit le prêtre, qui inclut les animaux et les végétaux, ne signifie pas nécessairement une réflexion concrète sur les dégâts que peut subir l’environnement. Le rite, surtout, est important. »

À ce propos, l’exemple du Gange, « considéré comme ce qu’il y a de plus pur et de plus purifiant », est révélateur. « On y déverse quantité de détritus ou de restes de crémations. On y lave le bétail, les égouts s’y déversent », souligne le jésuite. « Certains milieux hindous prennent conscience de cette contradiction. Mais pour la plupart des gens ça n’est pas important ».

L’opportunité « Covid-19 »

Les dégâts infligés à l’environnement lors du festival ont récemment commencé à être considérés. Ainsi, en 2018, une idole intensément vénérée, Lalbaugcha Raja, qui mesure plus de six mètres de haut, avait été décorée par des matériaux biodégradables. En outre, certains fabricants abandonnent le « plâtre de Paris » au profit de l’argile.

Une solution serait néanmoins de ne pas envahir les points d’eaux avec ces effigies, dont seule une minorité est réellement biodégradable. Or c’est précisément cette solution que l’épidémie de coronavirus encourage. Normes de distanciation sociale obligent, les habituelles processions ne pourront avoir lieu. Par conséquent, la Brihanmumbai Municipal Corporation (BMC), a installé plus de 200 bassins artificiels à travers la ville afin de maintenir la tradition tout en évitant les attroupements. Une manière d’éviter que les statues se perdent dans la nature.

(1) structures provisoires utilisées lors de diverses cérémonies religieuses.

La Croix – Jean-Baptiste Ghins, le 01/09/2020

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