Médecine moderne, médecine traditionnelle : c’est de nouveau la guerre en Inde

Un médecin ayurvedique examine un patient lors du sixième Congrès mondial de l’Ayuverda à New Delhi le 6 novembre 2014. PHOTO / Chandan Khanna / AFP

Un médecin ayurvedique examine un patient lors du sixième Congrès mondial de l’Ayuverda à New Delhi le 6 novembre 2014. PHOTO / Chandan Khanna / AFP

Le gouvernement Modi a décidé d’autoriser les praticiens de l’ayurvéda, technique millénaire, à investir le champ de la chirurgie. Une décision très dangereuse, explique une ancienne haute fonctionnaire du secteur de la santé.

Les médecins indiens sont en colère. Du moins, les médecins conventionnels, ceux que les partisans de la médecine traditionnelle surnomment les allopathes. En cause, une circulaire publiée récemment par le ministère de l’Ayurvéda, de l’Homéopathie et du Yoga, qui autorise les médecins ayurvédiques à être formés à la chirurgie. “C’est le réveil d’une dispute vieille de trente ans”, explique Shailaja Chandra dans l’Indian Express.

Cette ancienne haute fonctionnaire fédérale, qui a travaillé au ministère de la Santé à Delhi, estime que le gouvernement Modi fait “fausse route” en voulant élargir les parcours professionnels des praticiens de l’ayurvéda de cette manière. “La sécurité des malades est beaucoup plus importante”, estime-t-elle. Le 11 décembre, près de 1 million de généralistes ont d’ailleurs fait grève pour dénoncer le fondement même de la circulaire controversée.

Le ministère s’est appuyé sur le fait que “le premier chirurgien connu en Inde était un sage dénommé Sushrut, qui vivait autour de l’an 600 avant J.-C. et qui avait rédigé un traité de médecine et de chirurgie en sanskrit jouissant encore aujourd’hui d’une renommée mondiale”. Autrement dit, les praticiens de l’ayurvéda auraient pratiqué la chirurgie bien avant les praticiens de la médecine dite “moderne”.

Les allopathes, eux, remettent en question la logique de cette affirmation. En posant deux questions aux dirigeants actuels de l’Inde. Un : “La prééminence millénaire de Sushrut peut-elle conférer le droit de pratiquer la chirurgie moderne?” Deux :

Les chirurgiens ayurvédiques connaissent-ils les risques cachés de chaque intervention chirurgicale et savent-ils comment on fait face aux accidents soudains?”

Dans cette affaire, souligne Shailaja Chandra, la vraie question est de savoir “qui décide si les chirurgiens ayurvédiques possèdent des compétences suffisantes pour réaliser des interventions en toute sécurité, et selon quels critères”. La pratique de la chirurgie ne saurait en effet être jugée “selon des normes différentes dans un même pays”, surtout lorsque celui-ci compte un nombre extrêmement important de patients “non éduqués”, qui préfèrent “économiser de l’argent plutôt que de remettre en question les qualifications d’un chirurgien”.

Lire l’article original

The Indian Express, Bombay le 16 décembre 2020-12-15

In Courrier International.com le 16 décembre.

SOURCE

THE INDIAN EXPRESS

Bombay

indianexpress.com

S’autoproclamant “India’s only national newspaper”, The Indian Express est le grand rival du Times of India. Il est connu pour son ton combatif et son “journalisme du courage”, ainsi que pour ses enquêtes sur des scandales politico-financiers. Son supplément Sunday Magazine comporte d’intéressants articles culturels.

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