On parle des Éditions Banyan

Revue ZIBELINE – Mensuel culturel n°7 – Janvier 2021

À la découverte des littératures de l’Inde

par Maryvonne Colombini

Fondées en 2015 par David Aimé, les éditions Banyan s’attachent exclusivement à la littérature de l’Inde, passant des classiques aux contemporains, poètes, nouvellistes, romanciers qui s’expriment dans les diverses langues vernaculaires de ce pays foisonnant.Àl’ombre du banyan aux racines aériennes et aux troncs qui peuvent faire plus de quatre cents mètres de diamètre, abandonnons-nous aux joies des découvertes, bien loin des clichés, portées par le rythme des récits qui abordent des pages d’histoire méconnues, fortes d’imaginaires particuliers. « Je me réveille pour dormir et me laisse prendre doucement par l’éveil. J’apprends en allant où je dois aller »… ces mots de Théodore Roethke, en exergue de la présentation de la maison d’édition, invitent au voyage.

Saga autobiographique

Ironie et mélancolie se conjuguent dans le sensible texte de Anees SalimLes descendants de la dame aveugle. Le narrateur, Amar, évoque sa vie dans le bungalow familial, situé dans une petite ville du sud de l’Inde, dont la description est inspirée
de la Varkala natale de l’auteur, « réarrangée », « avec insouciance », « pour créer la toile de fond du livre ». Le cocasse (mémorable scène de circoncision à moitié ratée de l’enfant qui s’autoproclamera athée à treize ans) jouxte d’insoutenables tragédies, mort de l’une de ses sœurs noyée, disparition mystérieuse de l’oncle maternel à vingt-six ans, le jour-même de la naissance d’Amar, destiné qui attire de manière irrémédiable le jeune garçon dans son orbe… Le monde affleure, les trains grossissent, les touristes se massent sur les plages voisines, tandis qu’une savoureuse galerie de portraits s’anime. Le lecteur est pris à témoin, devient complice enchanté d’un récit aux ramifications multiples. La grand-mère, aveugle (faute de soins), est d’une clairvoyance espiègle, mais le seul dépositaire de tous les secrets reste Amar qui noue les fils de cette saga, douloureuse à l’instar d’un pays aux trop nombreux non-dits…

Aux portes des légendes
Herbert, personnage éponyme du roman de Nabarun Bhattacharya, boit plus que de raison.
C’est à l’issue d’une soirée de beuverie systématique dans un quartier de Calcutta qu’il apparaît au lecteur, juste avant de se donner la mort en s’ouvrant les veines. Un long retour en arrière sème les indices qui reconstituent, fragment après fragment, son existence marquée par les tragédies, depuis le décès de ses parents alors qu’il était encore très jeune. Très vite, réalité et onirisme se contaminent, une fée tient des conversations avec Herbert alors qu’il a ouvert une entreprise du nom de « Conversations avec les morts ». 

Il est en effet persuadé qu’il entretient avec eux des liens privilégiés depuis qu’il croit voir le fantôme de Binu, son neveu maoïste blessé par balle une nuit où il peignait le visage de Mao sur les murs de la ville. Les répressions policières, les systèmes politiques qui s’effondrent, la fragilité d’un monde mouvant, se mêlent, font perdre tout sens à la vie. Seule la poésie, le battement lumineux des ailes d’une fée ou l’envol d’un cerf-volant préservent une trace d’humanité.

L’appel de la forêt

La forêt est le personnage central de Aranyak (La Forêt), roman de Bibhitibushan Bandopadhyay (écrit entre 1937 et 1939). Satyacharan, narrateur et protagoniste du récit, est un citadin convaincu, mais tombe vite sous le charme des frondaisons luxuriantes et des clairières peuplées d’êtres de légendes… Impuissant, il verra les arbres centenaires abattus a n que terres soient redistribuées. Prémonitoire avertissement aux déforestations d’aujourd’hui, ce texte fluide pose déjà les principes de nos questionnements contemporains en une écriture flamboyante…

MARYVONNE COLOMBANILes descendants de la dame aveugle page71image41488Anees Salim, traduction de l’anglais (Inde) par Éric Auzoux, éditions Banyan, 20.50 €

Herbert page71image40392Nabarun Bhattacharya, traduit du Bengali par Jyoti Garin, éditions Banyan, 14.50 €

Aranyak (La Forêt) page71image41488Bibhitibushan Bandopadhyay, traduit du Bengali par Jyoti Garin, éditions Banyan, 21 € 

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