On en parle

[CHRONIQUE DE BLOGUEUR]

PASSION POLAR

MEURTRES À MAHIM de Jerry Pinto

« Bombay dédaigne la nuit. Lorsque l’astre du jour sombre dans l’océan, l’obscurité n’en profite pas pour autant. Ses tentatives d’engloutir la cité sont tenues en échec par les myriades de néons qui, le soir venu, s’allument en clignotant, et par les torchères de gaz naturel de la zone portuaire, dont les lueurs blafardes illuminent les flanc de la colline que les enfants appellent  » la tombe du géant ». Quand tombe le crépuscule, seuls quelques recoins isolés sont gagnés par les ténèbres. »La chronique de ce ouvrage est un petit évènement pour Passion Polar. C’est en effet la première fois depuis dix que ce site existe, que j’ai le plaisir de lire, et donc de chroniquer, un roman indien !L’occasion aussi de découvrir un éditeur que je ne connaissais pas jusqu’ici, les éditions Banyan, qui semblent se spécialiser dans la littérature de ce sous-continent.


Suite de la chronique, c’est par ici : https://urlz.fr/fg8l

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Interview revue Indigo

Voici le dernier numéro de la très belle revue Indigo qui vient de paraître !

Revue des Arts et des Cultures, engagée et solidaire d’une présence au monde, donnant la voix à des écrivains et artistes en tous genres, le tout dans un travail de mise en page très soigné, une qualité du papier très agréable. Les images à l’intérieur sont magnifiques, colorées. Bref, un travail éditorial d’une qualité irréprochable que nous devons au fondateur de cette revue, Dominique Aiss.

Où est-ce que je peux la trouver ?

Vous pouvez commander Indigo en pdf directement sur le site ou en la commandant directement auprès de votre libraire.

https://www.indigo-lemag.com/…/indigo-fevrier-2021…/

Abonnement papier

https://www.indigo-lemag.com/abonnements-edition-papier/

Abonnement pdf

https://www.indigo-lemag.com/abonnements-edition-digitale/

C’est avec grand plaisir que j’ai répondu à l’interview de Raoto Andriamanambe pour Indigo que vous trouvez ci-joint.

David Aimé

Éditions Banyan

***

PRÉSENTATION DES ÉDITIONS

& INTERVIEW DE DAVID AIMÉ

Par Raoto Andriamanambe

Indigo. Pourquoi les Éditions Banyan ont-elles choisi l’Inde ?

David Aimé. Parce que l’Inde, c’est d’abord l’universalité. Ayant été insatisfait de la production actuelle de littérature indienne en France, je voulais lui rendre ce qu’elle m’a donné. Il y a un manque de curiosité et d’amour des éditeurs français pour la littérature indienne. En effet, on peut déplorer qu’aucun travail de fond ne soit effectué par les éditeurs pour faire connaître les langues régionales de l’Inde. Raison pour laquelle les Éditions Banyan se sont engagées à démocratiser la littérature indienne, offrir ses trésors au lecteur français et surtout sortir de l’image stéréotypée dont ce pays est souvent l’objet, en donnant la voix    à des auteurs qui écrivent dans leur langue maternelle et qui ont fait le choix de rester vivre dans leur pays.

Les Éditions Banyan, comme beaucoup d’autres, naviguent sur les eaux tempétueuses du monde, mais en restant proches de ces choses qui nous occupent, l’universel… Et qui mieux que l’Inde, dont la langue millénaire, le sanskrit, donna naissance à unequantité d’autres langues et de dialectes, nous offre aujourd’hui une si foisonnante littérature ? Toutes ces langues qui irriguent le génie littéraire de l’Inde, qui le portent plus loin et parfois au-delà de ses frontières, gardant en son sein le souvenir de sa source inépuisable, lumineuse, ocellés s’offrent à l’océan du monde et des autres hommes.

À travers le ruissellement fluide et majestueux de sa littérature, le cœur de l’Inde bat au rythme de ses langues régionales qui composent elles-mêmes tout un monde, telles des ondulations lumineuses, profondes, intimes, puissantes — grandes âmes si pleines du cycle de la vie. Mais la littérature indienne ne saurait se résumer à un rêve délicat destiné à celles et ceux qui aspirent à un peu de beauté. Elle est aussi guerrière, courageuse, patiente, dotée d’une simple armure, le stylo, pour lutter contre les adversités de la vie. Elle sait faire entendre la voix de la justice la plus haute et du bon sens le plus humain pour ne jamais rendre les armes et toujours continuer à aller de l’avant.

Multilingue et multiforme, son degré de variété n’est comparable à aucune autre littérature au monde. Chacune des langues de l’Inde, forte de sa propre matrice de sons et de phrasés, déploie un univers imaginaire différent, riche de ses mythes et croyances, de ses structures sociales, de sa vision de l’histoire et du temps.

I. Qu’est-ce qui vous a poussé à ce projet ?

D.  Un besoin… de beauté, d’harmonie, d’unité. La littérature indienne, si diverse et si riche, est l’une des plus belles au monde.

I. La culture indienne (yoga, musique) est assez connue, pourquoi la littérature peine-t-elle à se faire connaître ?

D. Tout d’abord par un manque de curiosité des éditeurs français. Il y a les éditeurs littéraires (aujourd’hui presque industriels) et les éditeurs engagés. Ces derniers s’inscrivent dans un engagement total, sans calcul de profit immédiat. Ce sont généralement des petites structures qui s’emploient courageusement à effectuer ce travail de fond. En littérature indienne, force est de constater que nous sommes loin d’une abondante production éditoriale. Dans la presse journalistique littéraire française, on attend depuis Salman Rushdie et Vikram Seth (pour les plus connus) une renaissance littéraire indienne. Encore faut-il pour cela prendre quelques initiatives… et faire naître ainsi quelques affinités esthétiques littéraires pour toucher au cœur les lecteurs. 

Toute empreinte littéraire durable passe par la beauté, la saveur et la richesse d’un pays. Pour un éditeur, c’est un travail méticuleux que de défricher le meilleur de cette littérature. Les Éditions Banyan, sorte de Janus, travaillent à contre-courant, elles ne répondent pas à l’offre et la demande. Sa seule stratégie « commerciale » : le travail, la générosité, l’ouverture, son amour de l’Inde.

Malgré l’effort des éditeurs français depuis le début des années 1990 pour faire connaître la littérature indienne, la culture de l’Inde reste encore méconnue du grand public. Il est encourageant d’observer une multiplication de manifestations culturelles sur l’Inde en France. L’Inde a été à deux reprises l’invitée d’honneur du salon Livre Paris, en 2007 puis en 2020 (édition malheureusement annulée en raison de la crise sanitaire), et mise en lumière lors du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo par exemple. Mais il reste encore beaucoup d’auteurs à découvrir.

Bien avant que l’anglais ne devienne une langue indienne, il y avait le français. Dans les anciennes colonies françaises comme Pondichéry, on retrouve encore des échos de ce qui a été pendant trois siècles la voix du pouvoir officiel. L’usage du français reste toujours présent à Pondichéry, enseigné dans les écoles et utilisé dans les administrations. C’est une langue littéraire qui reste vivante, des écrivains nés dans ces anciennes colonies ou en France ont décidé d’écrire dans cette langue.

Parce qu’elle est riche, puissante et symbole de l’humanisme.

La littérature française d’expression reste encore méconnue. Les Éditions Banyan, avec la collaboration d’une chercheuse indienne francophile, vont s’employer à faire découvrir des textes oubliés, certains non publiés encore.

I. Comment la littérature indienne se définit-elle ?

D.  Elle se définit en premier lieu par la richesse de sa littérature, la plus diversifiée au monde. La diversité de ses langues indique sa diversité culturelle, et affecte tous les aspects de sa vie nationale depuis des temps immémoriaux. La constitution de l’Inde a approuvé 23 langues, notamment l’hindi, le bengali, l’ourdou, le tamoul, le gujarati et le marathi, et parmi ces langues, 1700 dialectes.

La quasi-suprématie de la langue anglaise, conséquence de trois siècles de colonisation britannique, affecte malheureusement les langues autochtones. L’auteur Aatish Taseer a récemment publié un article passionnant dans le New York Times sur l’effet de la hiérarchie de la linguistique de l’Inde. « L’anglais n’est pas une langue en Inde », m’a dit un jour un ami, « c’est une classe ». D’ailleurs, la plupart des écrivains indiens de langue anglaise sont issus des universités britanniques.

Les littératures indiennes se démocratisent de plus en plus. De grandes maisons d’édition indiennes et internationales, telles que Penguin, HarperCollins, Random House et d’autres encore, mais aussi des petites structures, ont compris l’importance de s’occuper ardemment des littératures régionales de l’Inde. 

En effet, le meilleur de cette littérature nous vient de l’intérieur du pays et non de la diaspora, car elle regroupe les seuls auteurs à même de décrire ce que vivent les Indiens.

La littérature indienne, c’est aussi la littérature dalit (intouchable), qui rend compte du rejet des membres de cette non caste par la société indienne, dans tous les aspects de la vie, mais qui, par son esthétisme et son courage à lutter contre l’injustice, la place au rang de littérature héroïque. Les Éditions Banyan vont lui donner la voix qu’elle mérite. Vous l’aurez compris, le 21ème siècle jettera l’ancre sur les littératures régionales de l’Inde, l’avenir, à travers des romans ambitieux et originaux. De vrais trésors à découvrir !

De bonnes traductions en français (il y a un réel déficit d’élèves à l’INALCO en traduction littéraire, particulièrement en bengali, tamoul, malayalam, kannada) enrichiraient cette littérature et permettraient d’établir un pont entre l’Inde et la France.

J’y reviendrai plus loin. Je pense aussi que des formations au métier de traducteur devraient être créées en Inde, ainsi que des ateliers de traduction dans les universités indiennes si nous voulons avoir accès à la production bouillonnante et éclectique de cette littérature qui n’en finira jamais de nous étonner. 

I. Voulez-vous créer un pont littéraire entre l’Occident et l’Orient ?

D. Je souhaite établir une passerelle culturelle et littéraire entre l’Inde et la France, deux pays très proches dans leurs idéaux. Voici ce que dit Kireet Joshi, ancien ministre de l’Éducation d’Indira Gandhi et ex-Président du Conseil indien de la recherche philosophique :

« Aussi l’Inde et la France peuvent-elles

ce serait l’union de l’esprit et de l’intellect pur.

et doivent-elles marcher ensemble ;

La jonction de ces deux grands pouvoirs rendrait

l’humanité victorieuse. »

Quelques poètes, écrivains, philosophes et savants français se sont inspirés des textes indiens dans leurs œuvres, y chantant la beauté et la grandeur de l’Inde.

Pour Michelet, par exemple :

« L’Inde, plus voisine que nous de la création, a mieux gardé la tradition de la fraternité universelle. Elle l’a inscrite au début et à la fin de deux grands poèmes sacrés, le Ramayana et le Mahabharata, gigantesques pyramides devant lesquelles toutes nos petites œuvres occidentales doivent se tenir humbles et respectueuses. Quand vous serez fatigué de cet Occident disputeur, donnez-vous, je vous prie, la douceur de revenir à votre mère, à cette majestueuse antiquité, si noble et si tendre. Amour, humilité, grandeur, vous y trouvez tout réuni, et dans un sentiment si simple, si détaché de toute misère d’orgueil, qu’on n’a jamais besoin d’y parler d’humilité. (…) [En Inde,] tant de guerres, tant de désastres et de servitudes, n’ont pu tarir la mamelle de la vache sacrée. Un fleuve de lait coule toujours pour cette terre bénie… bénie de sa propre bonté, de ses doux ménagements pour la créature inférieure ».

Ou encore :

« C’est la première où j’ai pu lire le grand poème sacré de l’Inde, le divin Râmayana. … Tout est étroit dans l’Occident. La Grèce est petite : j’étouffe. La Judée est sèche : je halette. Laissez-moi un peu regarder du côté de la haute Asie, vers le profond Orient. J’ai là mon immense poème, vaste comme la mer des Indes, béni, doré du soleil, livre d’harmonie divine où rien ne fait dissonance. Une aimable paix y règne, et même au milieu des combats une douceur infinie, une fraternité sans borne qui s’étend à tout ce qui vit, un océan (sans fond ni rive) d’amour, de pitié, de clémence. J’ai trouvé ce que je cherchais : la bible de la bonté. Reçois-moi donc, grand poème !… Que j’y plonge !… C’est la mer de lait. »

Pour Edgar Quinet :

« L’Inde a fait plus haut que personne ce qu’on peut appeler la déclaration des droits de l’Être. »

« Ce moi divin, cette société de l’infini avec lui-même, voilà évidemment le fondement, la racine de toute vie, de toute histoire. »

« Une plus large charité de l’esprit humain, la charité envers la nature entière. C’est le sceau de toute cette littérature indienne : l’humanité ! »

Citons aussi :

« C’est en Orient que nous devons chercher le suprême romantisme. » Schlegel

« Plier le genou devant la philosophie orientale et de voir dans ce berceau de la race humaine la terre natale de la plus haute philosophie ». Victor Cousin

L’œuvre de Victor Hugo rejoint cette recherche de l’Absolu que l’on retrouve dans les textes classiques de l’Inde. « Hugo était un génie puissant » disait Sri Aurobindo.

Je pourrais citer encore pléthore de noms : Lamartine, Vigny, Baudelaire Flaubert, Jules Verne, Romain Rolland, Antonin Artaud, Jean Biés, Malraux… ainsi que d’illustres écrivains et philosophes allemands.

Dans les échanges franco-indiens, Malraux, grand amoureux de l’Inde, a beaucoup œuvré lorsqu’il était ministre chargé des Affaires culturelles pour ce rapprochement, tout comme Maurice Schumann, secrétaire d’État aux affaires étrangères et bras droit du Général de Gaulle.

À la fin de l’année 1947, quelques jours après l’indépendance de l’Inde, Maurice Schumann, chef de la mission culturelle française déléguée par le Gouvernement français, est chargé par le chef du Gouvernement Ramadier de négocier le sort des cinq comptoirs français en Inde. Dans les bouleversements que connaît l’Inde de l’époque, il obtient une entrevue avec Sri Aurobindo qui, au cours de cette conversation amicale, déclara que la France était le pays qu’il aimait le plus après l’Inde. Il suggéra d’ouvrir une université à Pondichéry qui offrirait la possibilité aux étudiants des quatre coins du monde d’étudier les civilisations indiennes. Malheureusement, une université qui ne verra jamais le jour.

Pour les Indiens, la France est l’Inde de l’Europe.

Nous avons donc des devoirs vis-à-vis d’elle.

I. Quel lien entretenez-vous / tissez-vous avec l’Inde ?

D. Un lien essentiellement littéraire. Je m’y promène intellectuellement, métaphysiquement, philosophiquement et spirituellement, quotidiennement, là où je suis, à Paris. Mon rapport à l’Inde est solitaire, sa seule présence suffit à ma joie. Plus tard, quand le temps me le permettra, j’y retournerai ! Bharat Mata.

Rakesh Tikait, le paysan qui défie le pouvoir indien

Rakesh Tikait  ( wearing an orange turban ) at the Gazhipur Farmers protest at the New Delhi- Uttar Pradesh Border. Farmers have now been sitting in protest on the highway bordering the national capital for nearly three months against the 3 Farm Bills introduced by the goverment. The farmers beleive that the new laws will make it impossible for them to continue agriculture and that the laws are a ploy to allow big business to take over agriculture and farming in India.

Fils d’une légende du monde agricole, ce syndicaliste incarne la révolte des agriculteurs qui campent depuis bientôt trois mois aux portes de la capitale de l’Inde, New Delhi.

Rendez-vous avait été fixé, à l’entrée d’une forêt, à la sortie d’une ville poussiéreuse de l’Uttar Pradesh, à une vingtaine de kilomètres de New Delhi. « On viendra vous chercher. On ne peut pas vous donner l’adresse où il sera. » A l’heure dite, 8 heures, ni voiture ni fermier. Le téléphone du correspondant sonne dans le vide.

On sillonne alors à tout hasard les chemins alentour. Une grande bâtisse réservée aux mariages apparaît. Elle est vide de convives. Un peu plus loin, un chemin de terre mène à un bâtiment en plein milieu d’un champ, protégé par de hauts murs de couleur rose.Le portail laisse entrevoir la présence de grosses cylindrées, pavoisées aux couleurs d’un syndicat agricole. C’est un ashram, avec son temple hindou. Au centre de la cour, un homme assis sur une chaise, un tablier noir noué autour du cou.

Rakesh Tikait, un grand costaud au visage rond, se fait tailler barbe et moustache et ajuster sa coupe de cheveux. Il est habillé de frais. Pantalon et kurta blanc. Les membres de son équipe s’inclinent en le saluant avant de lui toucher les pieds, en signe de respect. On lui apporte son petit déjeuner. Il termine sa toilette, se pare d’une longue écharpe et d’un petit chapeau blanc et vert, la couleur du syndicat dont il est le porte-parole.

Rakesh Tikait (tunique blanche), lors de la manifestation des agriculteurs à Ghazipur, à la frontière entre Delhi et l’Uttar Pradesh, le 11 février. | ISHAN TANKA POUR « LE MONDE »

Cet homme de 51 ans, marié, père de trois enfants, originaire de Sisauli, à l’ouest de l’Uttar Pradesh, au cœur d’une région de canne à sucre, est la nouvelle figure de la révolte paysanne qui défie le gouvernement de Narendra Modi, le premier ministre indien. Des dizaines de milliers d’agriculteurs du nord de l’Inde, menés par 40 organisations syndicales, campent sur trois autoroutes et périphériques aux portes de la capitale depuis bientôt trois mois, aux frontières de l’Haryana et de l’Uttar Pradesh, pour exiger l’abrogation de trois lois votées en septembre 2020 par le Parlement, au plus fort de la pandémie de Covid-19.

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Comment l’émancipation féminine en Inde est née au sein d’une société littéraire

Dans la très traditionnelle société indienne du XIXe siècle est née une association dissidente : le Bombay Sorosis. Ce cercle littéraire féminin avait adopté une devise provocatrice : « Le monde a aussi été fait pour les femmes ».

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Le 10 juillet 1889, la médecin et féministe Emma Brainerd-Ryder invite des femmes de la région de Bombay à se réunir pour lire et échanger sur le monde et les écrivaines qui l’ont façonné. À cette époque, les jeunes filles qui répondent à l’appel sont toute mariées et l’Américaine doit expliquer en détail aux maris, belles-mères et autres chaperons familiaux, les tenants et aboutissants de son projet avant d’être autorisée à planifier la première réunion. Au final, 47 femmes se tiendront face à elle au sein de l’école pour filles Alexandra, non loin de la capitale. 

Ce groupe de discussion, centré sur la littérature, semble de prime abord loin d’avoir des prétentions révolutionnaires, mais ce moment symbolique soulève l’enthousiasme de la presse féministe occidentale. Le Women’s Journal qualifie ainsi cette première réunion de « première société littéraire pour femmes originaires d’Inde ».

Au XIXe siècle « les mariages de famille, les naissances et les décès — et pour le reste les plus simples bagatelles — constituaient la somme totale des expériences des femmes indiennes », écrit l’historienne et écrivaine Margaret Boehme Denning dans Mosaics from India. « L’histoire, les actes d’héroïsme et la vie courante semblaient à peine les atteindre. »

Une autre réunion officielle du groupe suivit en octobre où le nom officiel Bombay Sorosis fut choisi et la fameuse devise adoptée. « Sorosis » était aussi nom donné à un club de femmes créé à New York en 1868 (repris par des sociétés littéraires similaires dans d’autres villes américaines). Jennie June Croly fonda le New York Sorosis après qu’elle et d’autres femmes journalistes se firent exclure d’un dîner officiel avec le romancier britannique en visite Charles Dickens.

Les « petites femmes »

En plus de pratiquer la médecine, Emma Brainerd-Ryder était une grande voyageuse : elle posa ses valises dans de nombreux pays, instillant ses idées féministes aux quatre coins du globe. Un an après avoir fondé Bombay Sorosis, Brainerd-Ryder décida de créer une  école technique pour femmes. 

En plus de compétences utiles pour le milieu professionnel comme la comptabilité ou la couture elle souhaitait que l’établissement participe à leur l’émancipation. Comme avec Bombay Sorosis, elle essaya de nouveau de convaincre les différents chaperons familiaux, qui ne cédèrent que contre paiement. Les maris se présentaient ainsi tous les samedis matin pour récupérer l’argent que leurs épouses avaient gagné en suivant les cours de la semaine. 

Au moment de son départ pour le Sri Lanka puis pour l’Australie en 1892, le Bombay Sorosis comptait 200 membres, dont beaucoup choisirent d’assister aux réunions par correspondance. La situation en Inde, et notamment les mariages forcés, choquèrent profondément Brainerd-Ryder et lui inspirèrent un ouvrage : The Little Wives of India, où elle témoigne de son expérience de médecin au chevet des petites filles traumatisées. 

« Un homme peut être une créature vile et répugnante ; il peut être aveugle, fou, idiot, lépreux ; il peut avoir cinquante, soixante-dix ou cent ans, et peut-être marié à un bébé de cinq ou dix ans qui déteste sa présence, mais s’il la réclame, la loi anglaise pour la “restitution des droits conjugaux” l’oblige à rester en son pouvoir et l’emprisonne si elle refuse. »

Via Scroll in

Crédit photo : The History of the Woman’s Club Movement in America – Jane Cunningham Croly

https://actualitte.com/article/4986/presse/comment-l-emancipation-feminine-en-inde-est-nee-au-sein-d-une-societe-litteraire

PUBLIÉ LE :

22/10/2020 à 17:06

Gariépy Raphaël

Dans les villages d’Inde, des bibliothèques mobiles, y compris en poussettes

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Ils s’appellent Karthikeyan Panchanathan, Leela Karthiga, Mini N, Amirtha et Marian Britto, viennent d’horizons professionnels très divers — informatique, éducation, ingénierie. C’est en faisant du bénévolat pour des ONG qu’ils se sont rencontrés, et ont décidé ensemble de monter le projet Dulkal Libraries. Un catalogue composé de livres en anglais et en tamoul, qui s’alimente au fil des jours par des dons d’ouvrages et des campagnes de crowdfunding.

Des livres, pour ceux qui n’en ont pas

Leur credo reste simple : la lecture ouvre une fenêtre sur le monde. Et ceux qui n’ont pas accès à cette fenêtre ne peuvent pas profiter de la richesse qu’elle apporte. Le nom choisi découle de celui de l’ancien président de l’Inde Avul Pakir Jainulabdeen Abdul Kalam — AbduKal.

Certes, c’est à lui que l’Inde doit de s’être dotée de la bombe nucléaire, mais probablement n’est-ce pas là la raison de l’hommage. En réalité, c’est la vision portée par le politicien, pour les enfants, qui est ici saluée.

Les bibliothèques Dulkal ont été imitées voilà un an et demi, « pour les élèves d’écoles publiques », précisent-ils à The Indu. Et désormais, « nous comptons 150 à 200 bénévoles », ainsi que plusieurs enseignants d’écoles publiques qui collaborent avec eux. 

En ce bref laps de temps, le groupe est parvenu à monter trois bibliothèques, à Vengaluthur, Anayeri et Sathiraithoppu, avec 500 à 800 ouvrages chacune. Et parallèlement, se sont développées près de soixante-dix bibliothèques mobiles, disposant de 5500 titres à partager. 

Ces dernières ont vu le jour avec les premières inquiétudes qu’ont manifestées des enseignants : ils redoutaient que les enfants ne retournent plus à l’école après la pandémie, pris par des obligations familiales. « Nous envoyions à ces professeurs d’écoles publiques des livres, qu’ils faisaient lire aux enfants et nous renvoyaient. Dans certains villages, les bibliothèques mobiles ont été animées par les habitants, d’autres les faisaient circuler avec des poussettes », explique Panchanathan.

Enrichir les bibliothèques, encore et encore

En lien avec les autorités locales, les cinq créateurs sont parvenus à instaurer six bibliothèques de rues à Pirattiyur : installées à l’extérieur de maisons, elles fonctionnent de manière classique, et en toute confiance. Elles ont vu le jour durant la pandémie, pour répondre à la nécessité de maintenir un lien pour les jeunes avec la lecture et l’apprentissage.

Maintenant, la collecte se poursuit, et l’initiative, grandissante, continue de voir les livres affluer. Mais sans l’aide de tout un chacun et les dons opérés à travers les campagnes de financement participatif, AbduKal Libraries n’aurait pu voir le jour. Et ne pourra pas poursuivre cette mission.

PUBLIÉ LE :

24/02/2021 à 12:44

Cécile Mazin

https://actualitte.com/article/99046/international/dans-les-villages-d-inde-des-bibliotheques-mobiles-y-compris-en-poussettes

Appel aux dons

Chers amis,

Face aux difficultés actuelles, les Éditions Banyan lancent un appel aux dons. Pour que l’aventure continue avec de belles publications à venir, nous comptons sur vous !

Pour contribuer : https://bit.ly/3ahxi7Z

Merci à tous !

David Aimé

ÉDITIONS BANYAN

Littératures de l’Inde

http://editions-banyan.com

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14, rue Charles V – 75004 Paris – France
Tél : 06 19 46 62 09

Mail : contact@editions-banyan.com

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Facebook : https://www.facebook.com/editionsbanyan/

Chronique du livre Aranyak (La Forêt)

📚📖[COUP DE CŒUR DU BLOG KIMAMORI] par Muriel Larie

Aranyak (La Forêt), de Bibhutibhushan Bandopadhyay,

2020, Éditions Banyan

En fin d’année 2020 je n’avais pas la tête à lire ! Aussi grande lectrice que je sois, j’avais un mal terrible à me fondre dans les romans accumulés sur ma table de chevet. C’est alors que j’ai ouvert ce livre, traduit du bengali et publié par une maison d’édition exquise que je découvrais : les éditions Banyan. Ah! quel paix de l’âme que se fondre dans ce texte. Je l’ai savouré, en le gardant à mes côtés aussi longtemps que possible. Je l’ai lu lentement, des semaines durant.Suite de la chronique, ici :

https://cutt.ly/bkwSCDo

http://www.editions-banyan.com/produit/aranyak/

On parle des Éditions Banyan

Revue ZIBELINE – Mensuel culturel n°7 – Janvier 2021

À la découverte des littératures de l’Inde

par Maryvonne Colombini

Fondées en 2015 par David Aimé, les éditions Banyan s’attachent exclusivement à la littérature de l’Inde, passant des classiques aux contemporains, poètes, nouvellistes, romanciers qui s’expriment dans les diverses langues vernaculaires de ce pays foisonnant.Àl’ombre du banyan aux racines aériennes et aux troncs qui peuvent faire plus de quatre cents mètres de diamètre, abandonnons-nous aux joies des découvertes, bien loin des clichés, portées par le rythme des récits qui abordent des pages d’histoire méconnues, fortes d’imaginaires particuliers. « Je me réveille pour dormir et me laisse prendre doucement par l’éveil. J’apprends en allant où je dois aller »… ces mots de Théodore Roethke, en exergue de la présentation de la maison d’édition, invitent au voyage.

Saga autobiographique

Ironie et mélancolie se conjuguent dans le sensible texte de Anees SalimLes descendants de la dame aveugle. Le narrateur, Amar, évoque sa vie dans le bungalow familial, situé dans une petite ville du sud de l’Inde, dont la description est inspirée
de la Varkala natale de l’auteur, « réarrangée », « avec insouciance », « pour créer la toile de fond du livre ». Le cocasse (mémorable scène de circoncision à moitié ratée de l’enfant qui s’autoproclamera athée à treize ans) jouxte d’insoutenables tragédies, mort de l’une de ses sœurs noyée, disparition mystérieuse de l’oncle maternel à vingt-six ans, le jour-même de la naissance d’Amar, destiné qui attire de manière irrémédiable le jeune garçon dans son orbe… Le monde affleure, les trains grossissent, les touristes se massent sur les plages voisines, tandis qu’une savoureuse galerie de portraits s’anime. Le lecteur est pris à témoin, devient complice enchanté d’un récit aux ramifications multiples. La grand-mère, aveugle (faute de soins), est d’une clairvoyance espiègle, mais le seul dépositaire de tous les secrets reste Amar qui noue les fils de cette saga, douloureuse à l’instar d’un pays aux trop nombreux non-dits…

Aux portes des légendes
Herbert, personnage éponyme du roman de Nabarun Bhattacharya, boit plus que de raison.
C’est à l’issue d’une soirée de beuverie systématique dans un quartier de Calcutta qu’il apparaît au lecteur, juste avant de se donner la mort en s’ouvrant les veines. Un long retour en arrière sème les indices qui reconstituent, fragment après fragment, son existence marquée par les tragédies, depuis le décès de ses parents alors qu’il était encore très jeune. Très vite, réalité et onirisme se contaminent, une fée tient des conversations avec Herbert alors qu’il a ouvert une entreprise du nom de « Conversations avec les morts ». 

Il est en effet persuadé qu’il entretient avec eux des liens privilégiés depuis qu’il croit voir le fantôme de Binu, son neveu maoïste blessé par balle une nuit où il peignait le visage de Mao sur les murs de la ville. Les répressions policières, les systèmes politiques qui s’effondrent, la fragilité d’un monde mouvant, se mêlent, font perdre tout sens à la vie. Seule la poésie, le battement lumineux des ailes d’une fée ou l’envol d’un cerf-volant préservent une trace d’humanité.

L’appel de la forêt

La forêt est le personnage central de Aranyak (La Forêt), roman de Bibhitibushan Bandopadhyay (écrit entre 1937 et 1939). Satyacharan, narrateur et protagoniste du récit, est un citadin convaincu, mais tombe vite sous le charme des frondaisons luxuriantes et des clairières peuplées d’êtres de légendes… Impuissant, il verra les arbres centenaires abattus a n que terres soient redistribuées. Prémonitoire avertissement aux déforestations d’aujourd’hui, ce texte fluide pose déjà les principes de nos questionnements contemporains en une écriture flamboyante…

MARYVONNE COLOMBANILes descendants de la dame aveugle page71image41488Anees Salim, traduction de l’anglais (Inde) par Éric Auzoux, éditions Banyan, 20.50 €

Herbert page71image40392Nabarun Bhattacharya, traduit du Bengali par Jyoti Garin, éditions Banyan, 14.50 €

Aranyak (La Forêt) page71image41488Bibhitibushan Bandopadhyay, traduit du Bengali par Jyoti Garin, éditions Banyan, 21 € 

Médecine moderne, médecine traditionnelle : c’est de nouveau la guerre en Inde

Un médecin ayurvedique examine un patient lors du sixième Congrès mondial de l’Ayuverda à New Delhi le 6 novembre 2014. PHOTO / Chandan Khanna / AFP

Un médecin ayurvedique examine un patient lors du sixième Congrès mondial de l’Ayuverda à New Delhi le 6 novembre 2014. PHOTO / Chandan Khanna / AFP

Le gouvernement Modi a décidé d’autoriser les praticiens de l’ayurvéda, technique millénaire, à investir le champ de la chirurgie. Une décision très dangereuse, explique une ancienne haute fonctionnaire du secteur de la santé.

Les médecins indiens sont en colère. Du moins, les médecins conventionnels, ceux que les partisans de la médecine traditionnelle surnomment les allopathes. En cause, une circulaire publiée récemment par le ministère de l’Ayurvéda, de l’Homéopathie et du Yoga, qui autorise les médecins ayurvédiques à être formés à la chirurgie. “C’est le réveil d’une dispute vieille de trente ans”, explique Shailaja Chandra dans l’Indian Express.

Cette ancienne haute fonctionnaire fédérale, qui a travaillé au ministère de la Santé à Delhi, estime que le gouvernement Modi fait “fausse route” en voulant élargir les parcours professionnels des praticiens de l’ayurvéda de cette manière. “La sécurité des malades est beaucoup plus importante”, estime-t-elle. Le 11 décembre, près de 1 million de généralistes ont d’ailleurs fait grève pour dénoncer le fondement même de la circulaire controversée.

Le ministère s’est appuyé sur le fait que “le premier chirurgien connu en Inde était un sage dénommé Sushrut, qui vivait autour de l’an 600 avant J.-C. et qui avait rédigé un traité de médecine et de chirurgie en sanskrit jouissant encore aujourd’hui d’une renommée mondiale”. Autrement dit, les praticiens de l’ayurvéda auraient pratiqué la chirurgie bien avant les praticiens de la médecine dite “moderne”.

Les allopathes, eux, remettent en question la logique de cette affirmation. En posant deux questions aux dirigeants actuels de l’Inde. Un : “La prééminence millénaire de Sushrut peut-elle conférer le droit de pratiquer la chirurgie moderne?” Deux :

Les chirurgiens ayurvédiques connaissent-ils les risques cachés de chaque intervention chirurgicale et savent-ils comment on fait face aux accidents soudains?”

Dans cette affaire, souligne Shailaja Chandra, la vraie question est de savoir “qui décide si les chirurgiens ayurvédiques possèdent des compétences suffisantes pour réaliser des interventions en toute sécurité, et selon quels critères”. La pratique de la chirurgie ne saurait en effet être jugée “selon des normes différentes dans un même pays”, surtout lorsque celui-ci compte un nombre extrêmement important de patients “non éduqués”, qui préfèrent “économiser de l’argent plutôt que de remettre en question les qualifications d’un chirurgien”.

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The Indian Express, Bombay le 16 décembre 2020-12-15

In Courrier International.com le 16 décembre.

SOURCE

THE INDIAN EXPRESS

Bombay

indianexpress.com

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